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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305202

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305202

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident Mégret
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. B C, représenté par Me Olivier Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 15 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié son dernier retrait de points, rappelé les précédentes décisions de retrait de points et constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points suite aux infractions commises les 26 février 2019 (6 points), 3 janvier 2022 (1 point), 16 mars 2022 (1 point), 18 mars 2022 (1 point), 4 octobre 2022 (1 point), 6 octobre 2022 (1 point) et 8 octobre 2022 (1 point) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le recours est recevable ;

- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'elles ont fait l'objet de contestations ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a commis une série d'infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points les 26 février 2019, 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022. Constatant le solde de points nul du requérant, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, par une décision " 48 SI " du 15 mai 2023, lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retrait de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la réalité des infractions :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

3. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.

4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui font foi jusqu'à preuve contraire, que, d'une part, l'infraction du 26 février 2019 a donné lieu à une condamnation prononcée par le tribunal de grande instance de Nanterre devenue définitive le 31 janvier 2020 et, d'autre part, que les infractions relevées les 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022 ont toutes donné lieu, en l'absence du paiement des amendes forfaitaires afférentes dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. En dépit de ce qu'il soutient, le requérant n'établit pas avoir présenté une requête en exonération ou formé des réclamations, ni qu'elles ont été regardées comme recevables et ont par suite entrainées l'annulation des titres. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne l'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique () ".

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles précités du code de la route, lesquels constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant de l'infraction du 26 février 2019 :

7. La mention probante du relevé d'information intégral " décision 72 suspension du permis de conduire " fait apparaître que M. C a fait l'objet, à la suite de l'infraction commise le 26 février 2019, d'une condamnation prononcée par le tribunal de grande instance de Nanterre devenue définitive le 31 janvier 2020. Lorsqu'une infraction a été reconnue par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité substantielle que constitue l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités, est sans influence sur la régularité du retrait de points en résultant. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable à la décision de retrait des six points à la suite de l'infraction commise le 26 février 2019 ne peut être qu'écarté.

S'agissant des infractions des 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022 :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C, que les infractions commises les 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022 ont été constatées par un radar automatique sans interception de véhicule et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si ces mentions établissent la réalité de l'infraction, elles ne permettent pas d'établir que M. C aurait reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne justifie ni de l'envoi ni de la réception par le contrevenant des amendes forfaitaires majorées, ni du paiement de ces amendes. Il s'ensuit que le ministre ne démontre pas qu'il s'est acquitté de son obligation d'information prévue par les dispositions du code de la route ni que le requérant aurait été informé de l'existence de ces infractions. Dès lors, le ministre ne peut pas se prévaloir de ce que le contrevenant aurait eu connaissance par des infractions antérieures des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il s'ensuit que M. C doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les décisions de retrait de points pour ces infractions doivent être annulées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions de retrait de points pour les infractions commises les 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022 sont annulées. Par ailleurs, suite à ces annulations, le capital de points du permis de conduire du requérant n'est pas nul. Il s'ensuit que la décision " 48 SI " du 15 mai 2023 doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Si l'annulation contentieuse d'invalidation du permis de conduire, à la suite de l'annulation d'une ou plusieurs décisions de retrait de points prises antérieurement, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retrait de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire.

11. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. C le bénéfice des six points irrégulièrement retirés dans la limite de douze points et de réexaminer sa situation en tenant compte des retraits de points légalement intervenus à son encontre et non capitalisés. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points pour les infractions commises les 3 janvier 2022, 16 mars 2022, 18 mars 2022, 4 octobre 2022, 6 octobre 2022 et 8 octobre 2022 ainsi que la décision " 48 SI " du 15 mai 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. C le bénéfice des six points illégalement retirés et de réexaminer sa situation, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. A

Le greffier,

signé

Y.Bouakkaz La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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