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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305226

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305226

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, et un mémoire enregistré le 30 juin 2023, M. E G, représenté par Me Genies, demande au tribunal :

1°) d'annuler, sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, l'arrêté n° 2023-59 du 26 juin 2023 par lequel le préfet des Yvelines a mis en demeure les gens du voyage installés sur l'aire de jeux communale sis chemin de la justice, sur le territoire de la commune de Goupillières, de quitter le site dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa notification ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- le mémoire en défense doit être écarté des débats en raison de l'incompétence de son signataire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement adoptée, publiée, et suffisamment précise ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet des Yvelines ne pouvait prendre l'arrêté attaqué dès lors que la commune de Goupillières est membre de la communauté de commune Cœur d'Yvelines et, dès lors que l'arrêté attaqué énonce que cette communauté de commune a renoncé au transfert, à elle-même, du pouvoir de police des maires le 15 décembre 2020, cette communauté de commune disposait du pouvoir de police spécial des gens du voyages entre sa création, en 2014, et le 15 décembre 2020. Or il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existe un arrêté municipal interdisant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il ne contient aucune précision quant aux modalités d'accueil des aires d'accueils permanentes et des aires de grand passage dans le département des Yvelines ;

- il méconnaît les dispositions du I. de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, dès lors qu'il n'existe aucune aire de grand passage sur le département des Yvelines et que l'aire d'accueil de Beynes est occupée et ne permet pas à d'autres personnes de bénéficier de conditions d'accueil satisfaisantes ; la commune de Goupillières et la communauté de communes " Cœur d'Yvelines" ne sont pas dotées de structures permettant l'accueil des gens du voyage ; la circulaire du 10 janvier 2022 du ministre de l'intérieur et de la ministre chargée du logement, indique que l'objectif d'aires permanentes d'accueil du département des Yvelines n'est atteint qu'à hauteur de 62% ;

- il est entaché d'erreurs de fait, dès lors qu'il n'est pas démontré, d'une part, que le terrain litigieux constitue une propriété privée ou publique, et d'autres part, qu'il existe et qu'a été publié un arrêté réglementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que le préfet des Yvelines ne démontre pas une atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car enregistrée tardivement ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 juin 2023 à 14h30, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Boukheloua a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Genies, pour M. G, et de M. G, qui concluent aux mêmes fins que sa requête, reprennent ses observations écrites, ajoutent que le préfet des Yvelines n'est pas régulièrement représenté à l'audience et rappelle qu'ENEDIS est intervenu pour améliorer les modalités du branchement électrique.

- et les observations de M. Poette, secrétaire général de la sous-préfecture de Rambouillet, pour le préfet des Yvelines, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, à 15h01.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 juin 2023, un groupement de gens du voyage, comptant vingt-sept caravanes et quarante-deux véhicules, se sont installés sur un terrain où se situe une aire de jeux sise chemin de la justice sur le territoire de la commune de Goupillières. Au vu de la plainte déposée par la maire de Goupillières, le préfet des Yvelines a, par un arrêté du 26 juin 2023, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. M. G demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Yvelines :

2. D'une part, aux termes du II bis de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 779-1 du code de justice administrative : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnées au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Et aux termes de l'article R. 779-2 de ce code : " Les requêtes sont présentées dans le délai d'exécution fixé par la décision de mise en demeure. Le délai de recours n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif préalable ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des procès-verbaux de notification de l'arrêté attaqué, qu'il a été notifié à Mme K M, Mme H J, Mme D I, M. O P, Mme F C et M. B A, le 26 juin 2023 entre 16h59 et 17h02, en dépit du fait que ces personnes ont toutes refusé de signer l'acte de notification. Toutefois, il ne saurait être déduit de ces pièces, une notification régulière de l'arrêté attaqué à M. E G, auteur du présent recours. L'affichage de l'arrêté attaqué à proximité immédiate du terrain en litige, ne saurait tenir lieu d'une telle notification. Dans ces conditions, le délai de recours mentionné dans l'arrêté attaqué ne peut lui être opposé dans la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Yvelines, et tenant à la tardiveté de la requête, doit être écartée.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

5. Aux termes du II bis de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " () Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 779-1 du code de justice administrative : " Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 779-2 de ce code : " Lorsqu'elle est adressée par le moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1 ou par le téléservice mentionné à l'article R. 414-2, son auteur signale son urgence en sélectionnant le type de procédure dans la rubrique correspondante ". Aux termes de l'article L. 779-3 du même code : " Le délai de quarante-huit heures imparti au président du tribunal administratif ou à son délégué pour statuer court à partir de l'heure d'enregistrement de la requête au greffe du tribunal. / Conformément au second alinéa de l'article R. 611-8-6, lorsqu'elles sont faites par voie électronique sur le fondement des articles R. 611-8-2, R. 611-8-3 et R. 711-2-1, les communications et convocations sont réputées reçues dès leur mise à disposition dans l'application ou le téléservice ". Aux termes de l'article R. 779-6 du même code : " Les dispositions des articles R. 522-2, R. 522-4, R. 522-7, R. 522-9 et R. 522-11 à R. 522-13 sont applicables ".

6. Si la présente instance est une instance en excès de pouvoir, il résulte de l'ensemble des dispositions mentionnées au point précédent, que la formation de jugement saisie est appelée à statuer dans des conditions d'urgence similaires à celles en cours en matière de procédure de référé, voire, sur certains aspects, dans le cadre des dispositions procédurales applicables en matière de référé. Dans ces conditions, la délégation de signature du préfet des Yvelines du 14 mars 2022 n° 78-2022-03-14-00004, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, attribuant à Mme L N, sous-préfète de Rambouillet, délégation pour signer " tous mémoires () dans le cadre des référés administratifs ", est valable pour signer le mémoire en défense enregistré dans la présente instance, le 29 juin 2023, pour le préfet des Yvelines. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ce mémoire doit donc être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la signataire de la décision attaquée, Mme L N, sous-préfète de Rambouillet, a reçu une délégation de signature du préfet des Yvelines le 14 mars 2022 n° 78-2022-03-14-00004, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, pour les actes relatifs à la mise en œuvre des articles 9 et 9-1 de la loi du 5 juillet 2000. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

9. L'arrêté attaqué, vise l'articles 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, précise que la commune de Goupillières, qui est membre de la communauté de commune " Cœur d'Yvelines " et qui compte moins de 5 000 habitants, n'est soumise à aucune obligation par la loi du 5 juillet 2000. Il détaille, par ailleurs, diverses atteintes à la salubrité et à la sécurité publiques. Ainsi, une telle motivation satisfait, aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes du II de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " II. - Dans chaque département, au vu d'une évaluation préalable des besoins et de l'offre existante, notamment de la fréquence et de la durée des séjours des gens du voyage, de l'évolution de leurs modes de vie et de leur ancrage, des possibilités de scolarisation des enfants, d'accès aux soins et d'exercice des activités économiques, un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : / 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité ; / 2° Des terrains familiaux locatifs aménagés et implantés dans les conditions prévues à l'article L. 444-1 du code de l'urbanisme et destinés à l'installation prolongée de résidences mobiles, le cas échéant dans le cadre des mesures définies par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, ainsi que le nombre et la capacité des terrains ; / 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. / Le schéma départemental définit les conditions dans lesquelles l'Etat intervient pour assurer le bon déroulement des rassemblements traditionnels ou occasionnels et des grands passages. / Les communes de plus de 5 000 habitants figurent obligatoirement au schéma départemental. Celui-ci définit la nature des actions à caractère social destinées aux gens du voyage. " Aux termes de l'article 9-1 de cette loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques ". Les dispositions de l'article 9 de cette loi s'appliquent aux maires des commues membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er.

11. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 15 décembre 2020, le président de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " a renoncé à l'exercice de ses pouvoirs de police au titre du stationnement des résidences mobiles des gens du voyage. Si le requérant produit des captures d'écran du site de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines ", sur lesquelles on peut lire qu'elle est compétente pour l'aménagement, l'entretien et la gestion des aires d'accueil des gens du voyage, de telles captures ne sont pas suffisamment probantes pour contester l'existence même de cet arrêté et, en tout état de cause elles ne remettent pas en cause le renoncement à sa compétence en matière de création de ces aires. Ainsi, la communauté de de communes " Cœur d'Yvelines " ne peut être regardée comme étant un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage au sens de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000. Dans ces conditions, la commune de Goupillières ne peut être regardée comme relevant de l'article 9 de la loi. Cette dernière, qui compte moins de 5 000 habitants, relève donc des dispositions de l'article 9-1 de la même loi. Par suite, les moyens de légalité externe et interne tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 de cette loi doivent être écartés comme étant inopérants.

12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain litigieux, qui regroupe une aire de jeux pour enfants, un stade communal et un atelier communal, fait partie du domaine public de la commune de Goupillières. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait sur ce point doit être écarté.

13. En dernier lieu, il est constant que l'intrusion et l'installation des vingt-sept caravanes et quarante-deux véhicules sur le terrain litigieux s'est effectuée sans autorisation à proximité immédiate d'une aire de jeux pour enfants et sur un stade municipal rendu ainsi impropre à sa destination. Il n'est pas contesté qu'elle a donné lieu, à son commencement, à un branchement dangereux à l'électricité, ENEDIS ayant dû intervenir pour améliorer les modalités de celui-ci, et à un branchement sur une borne à incendie qui fuit abondamment depuis qu'il a été effectué. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits au regard du critère d'atteinte à la salubrité, à la sécurité et, à tout le moins, à la tranquillité publique, au sens des dispositions de l'article 9-1 mentionné au point 10, doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée à la commune de Goupillières.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023

La magistrate désignée,

signé

N. Boukheloua La greffière,

signé

S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305226

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