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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305291

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305291

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, M. A B représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la circulaire du 28 novembre 2012 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel,

- et les observations de Me Martin-Pigeon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 24 mars 1980 en Algérie, est entré en France le 2 novembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour, valable jusqu'au 11 février 2017 et s'est maintenu sur le territoire depuis cette date en situation irrégulière. Le 12 novembre 2019, il a déposé une demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien qui a été rejetée par un arrêté du 3 septembre 2020 du préfet des Yvelines, confirmé par un jugement du 19 novembre 2020 du tribunal administratif de Versailles. M. B s'est néanmoins maintenu sur le territoire français et il a déposé le 22 avril 2022 une demande d'admission au séjour, sur le fondement des articles L. 435-1 et de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 2 juin 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, et mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de refuser sa demande de titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, d'une part, les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoient que : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat visé par les services du ministère chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 " (lettres c et d) ", et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il est constant que le requérant ne peut justifier du visa et du contrat de travail visé, exigés par les stipulations précitées du b) de l'article 7 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il fait valoir qu'il est employé en France dans le secteur du bâtiment depuis le mois de mai 2017 jusqu'à mars 2022, dans le cadre de missions d'intérim

en qualité de " chef d'équipe ferrailleur ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé cette activité professionnelle sans autorisation de travail et ne justifie pas qu'il dispose des qualifications nécessaires pour occuper son poste, qui fait partie de la liste des métiers en tension. Ainsi, bien que l'employeur du requérant ait sollicité une autorisation de travail en avril 2022, il n'est pas justifié qu'il ait accompli les recherches de candidats déjà sur le marché du travail pour occuper cet emploi. Par ailleurs, sa situation personnelle et familiale ne répond pas non plus à un motif exceptionnel ni à des considérations humanitaires, son épouse et ses trois enfants résidant au pays d'origine. De plus, contrairement à ce que soutient le requérant, si l'arrêté attaqué mentionne l'utilisation d'une fausse carte d'identité et la soustraction à une précédente mesure d'éloignement, le préfet ne s'est pas fondé sur la menace à l'ordre public pour édicter la mesure contestée mais a fait usage de son pouvoir d'appréciation discrétionnaire de la situation du requérant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à reprocher au préfet des Yvelines d'avoir commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de titre de séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent de manière continue sur le territoire depuis 2016 et justifie d'une insertion dans la société française par l'exercice de son activité professionnelle depuis 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français de façon irrégulière alors qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 3 septembre 2020 qu'il n'a pas exécutée. De plus, M. B, qui ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle en France, n'est pas dépourvu de toutes attaches avec son pays d'origine où résident son épouse et ses trois enfants mineurs, ainsi que ses parents et frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et dès lors, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Par ailleurs, les conditions de séjour d'un ressortissant algérien étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire n° NOR-INTK1229185C du 28 novembre 2012, qui ne revêt au demeurant aucune valeur règlementaire, est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 2 juin 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai.

Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Féjerdy, première conseillère,

M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F-X de Miguel

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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