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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305301

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305301

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305301
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDESBRUERES-ABRASSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Adeline-Delvolvé, demande à la juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) à titre principal, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n°A-23-00059 du 12 juin 2023 par lequel le Préfet des Yvelines a mis en demeure Madame B de procéder à l'évacuation des encombrants et déchets stockés dans son appartement, à la vérification des installations électriques du logement et de faire réaliser si nécessaire les travaux de mise en sécurité par un électricien dans un délai de 48 heures et a prescrit par un courriel du 30 juin 2023 l'exécution d'office des mesures précitées ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui permettre de conserver dans sa cave tous les effets personnels qui seront évacués de son appartement d'habitation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie en raison de l'intervention prévue le 3 juillet 2023 d'une entreprise pour vider l'appartement dont elle est propriétaire ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à sa vie privée et familiale et au droit de propriété ;

- les éléments de fait sur lesquels se fondent l'arrêté ne sont nullement avérés, à l'exception de l'encombrement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la commune de Versailles, représentée par Me Abrassart conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B soit condamnée à lui verser la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'attitude de la requérante est incohérente semblant accepter les mesures par moment puis à d'autre s'y opposant ;

- la requérante ne démontre pas que l'appartement ne serait pas encombré et qu'il n'existe aucun danger en relation avec cet encombrement ;

- l'urgence à suspendre n'est pas établie ;

- il n'est porté atteinte à aucune liberté fondamentale.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 juillet 2023 à

9h10.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Mégret, juge des référés,

- les observations de Me Adeline-Delvolvé, représentant Mme B, qui insiste sur la situation très dégradée de la requérante et les conditions dans lesquelles l'administration va intervenir dans la vie de Mme B ; reconnaît que le logement est toujours encombré malgré les mesures prises et une intervention de désencombrement en février 2023 ; insiste sur l'impossibilité de retirer les effets personnels, ceux-ci ne pouvant être considérés comme des déchets et l'atteinte à la vie privée qui découle des mesures de sûreté ordonnées ; l'urgence est établie car l'intervention devait avoir lieu aujourd'hui à 9h ; Mme B consent au désencombrement de son logement mais souhaite que les livres et revues soient descendus à la cave, conteste le caractère dangereux des installations électriques ainsi que la présence d'insectes indiqué dans le rapport de la commune et précise que la présence de fissures dans son logement concerne la copropriété ;

- les observations de Mme A mandaté par le préfet des Yvelines qui rappelle que la préfecture a été saisie par la commune et qu'il est demandé des mesures d'urgence en raison des risques pour Mme B et son environnement ;

- les observations de Me Abrassart, pour la commune de Versailles qui insiste sur la volonté de la commune d'aider et d'accompagner la requérante, qu'il y a eu de nombreux échanges entre la requérante et les services de la commune qui au final n'aboutissent à rien la requérante semblant accepter puis refuser les mesures et solutions proposées depuis plusieurs mois ; la commune souhaite une vérification des installations électriques, vérification qui ne sera possible que lorsque le logement sera désencombré ; qu'elle est parvenue en accord avec la requérante à faire établir un devis des travaux électriques à réaliser le 21 juin 2023 ; qu'elle propose l'intervention d'une entreprise spécialisée dans ce type de situation et qui prendra en compte les demandes de Mme B en présence d'un huissier ; l'urgence n'est pas établie car l'arrêté a trois mois ; aucune atteinte à une liberté fondamentale n'existe pas ; en réalité, il y a une situation sociale difficile et très inconfortable pour laquelle la requérante n'est pas en mesure de trouver une solution.

La clôture de l'instruction a été différée au 3 juillet à 16h.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une chute dans son appartement le 18 février 2023 et à l'évacuation de Mme B à l'hôpital, les services de police et de secours ont constaté l'état d'insalubrité et d'encombrement du logement de la requérante, en raison de l'amoncellement de détritus de tout genre rendant difficile la circulation dans l'appartement. Après saisine des services d'hygiène et de santé de la commune de Versailles, le préfet des Yvelines a, par un arrêté en date du 12 juin 2023, ordonné, sur le fondement des articles L. 2212-1 et 2212-2 du code général des collectivités territoriales, de faire procéder à l'évacuation des encombrants et déchets, de faire vérifier l'installation électrique et de réaliser les travaux de mise en sécurité par un électricien dans un délai de 48 heures. L'arrêté n'ayant pas été exécuté, par un courriel du 30 juin 2023, Mme B a été informée de l'exécution d'office de cet arrêté le 3 juillet à 9h une société ayant été mandatée par les services d'hygiène de la commune pour mettre en œuvre les mesures d'urgence. La requérante demande d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté ou tout au moins d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui permettre de conserver dans sa cave tous les effets personnels qui seront évacués de son appartement d'habitation.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative: " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L.521-2, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte portée à une liberté fondamentale s'apprécie notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ".

5. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police de prendre toute mesure nécessaire pour prévenir des risques graves pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les atteintes portées à l'exercice des libertés fondamentales doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'intervention des services du SDIS du 18 février 2023, du procès-verbal de constatation de la police municipale de Versailles du 19 février 2023 qui comprend des photographies montrant l'état d'encombrement du logement de la requérante, du rapport de saisine du 6 juin 2023 que l'ensemble de l'appartement de Mme B est encombré, que des détritus de tout genre sont présents, que le logement est dans un état de saleté très avancé tout particulièrement la cuisine, que les WC sont inaccessibles, que la circulation dans l'appartement est très difficile du fait de l'encombrement existant, que l'installation électrique paraît vétuste et par endroits détériorée. Suite à ces constats, et comme cela a été dit lors de l'audience, des contacts ont été pris par les services de la commune avec Mme B à sa sortie de l'hôpital pour l'aider à désengorger son logement et à prendre les premières mesures utiles. C'est ainsi que le 23 février 2023, une entreprise est intervenue. Toutefois, cette intervention, qui a été interrompue à la demande de la requérante, n'a pas permis de vider l'ensemble des détritus ni de désencombrer le logement comme cela ressort des pièces du dossier. Une nouvelle fois, les services de la commune se sont rapprochés de Mme B pour l'aider. Mais face à l'inaction de cette dernière, la commune l'a mise en demeure les 17 mars et 25 avril 2023 d'agir pour désencombrer le logement, puis l'a informée le 9 juin 2023 qu'ils saisissaient le préfet pour que soient prises les mesures nécessaires pour le désencombrement et la mise en sécurité électrique de l'appartement notamment en raison des risques électriques encourus pour elle-même et l'immeuble dans lequel se situe son appartement en terme de salubrité et de sécurité publique. Enfin, il ressort du devis d'une entreprise établi en accord avec la requérante le 21 juin 2023, que le tableau général de protection ne comprend pas de mise à la terre et doit être remplacé et que l'appareillage existant doit être vérifié. Ainsi, l'appartement de Mme B, qui ne respecte pas les conditions de sécurité et de salubrité, fait courir un risque à ses occupants et à l'immeuble dans lequel il se trouve. Il s'ensuit, eu égard au risque avéré pour la sécurité et la salubrité publiques tant de la requérante que des habitants de l'immeuble, que l'urgence de la situation imposait au maire de la commune de Versailles et au préfet d'agir en prenant l'arrêté attaqué et en procédant à son exécution d'office.

7. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard aux risques réels et immédiats que fait courir l'état de l'appartement de Mme B, l'arrêté était nécessaire et adapté aux exigences de sécurité, de tranquillité et de salubrité publiques ainsi que l'exécution d'office des mesures d'urgence ordonnées par le courriel du 30 juin 2023. Dès lors, la requérante ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.

8. Enfin, compte tenu de la situation sociale dégradée en cause et des difficultés de Mme B, il est conseillé aux services de la commune de Versailles, comme ils s'y sont engagés lors de l'audience, à préserver les livres et revues que la requérante souhaite conserver et de les stocker dans sa cave.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en injonction de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions des parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au préfet des Yvelines et à la commune de Versailles.

Fait à Versailles, le 4 juillet 2023

La juge des référés,

Signé

Sylvie Mégret

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305301

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