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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305337

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305337

lundi 14 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Melun puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 3 juillet 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 3 juillet 2023 et des pièces enregistrées le 1er août 2023, Mme D C représentée par Me Lamine Hamdi, demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 juin 2023 par lesquelles la préfète du Val de Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît les articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val de Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 août 2023 :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Moutaouakil, substituant Me Hamdi, représentant Mme C, en présence de Mme B, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux années est disproportionnée ;

- la préfète du Val de Marne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C ressortissante tunisienne née le 20 mars 1995, déclare être entrée en France au cours de l'année 2019. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel la préfète du Val de Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 23 du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. E A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger Mme C à quitter le territoire français, la préfète du Val de Marne s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, pour prendre cette décision, la préfète du Val de Marne a également exposé les considérations de faits sur lesquelles elle s'est fondée en rappelant que la requérante est " célibataire, sans charge de famille " et que " ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables, notamment eu égard à sa date d'entrée en France le 01/01/19 ". Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré du défaut d'examen doit également être écarté. A cet égard, si Mme C soutient avoir essayé en vain de prendre rendez-vous à la préfecture pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, elle ne justifie pas de la réalité de ces démarches.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C est célibataire et sans charge de famille en France. Si elle fait valoir qu'elle est présente sur le territoire français depuis 2019 et qu'elle y exerce une activité professionnelle depuis le 1er septembre 2022, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, elle ne justifie pas, ce-faisant, de l'existence de liens d'une particulière intensité qu'elle aurait noués sur le territoire français. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la préfète du Val de Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

Sur la décision relative à l'interdiction de retourner sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la préfète prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient à la préfète d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Pour prononcer à l'encontre de Mme C une interdiction de retour d'une durée de deux ans, la préfète a estimé, en se fondant sur son " entrée récente " sur le territoire et sur " la nature de ses liens avec la France " que cette mesure ne portait pas au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'une telle mesure. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que Mme C, qui n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à l'exécution de laquelle elle se serait soustraite et dont le comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, justifie d'une ancienneté de travail de deux années et fait état d'une volonté manifeste de régulariser sa situation. Dans ces circonstances, la décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans revêt un caractère disproportionné et doit être annulée pour ce motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à solliciter l'annulation de la décision du 15 juin 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juin 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a prononcé à l'encontre de Mme C une interdiction de retour pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète du Val de Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. FLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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