vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Crandal |
| Avocat requérant | CHADAM-COULLAUD MIREILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 juillet 2023 et le 12 mars 2024, Mme A D C, représentée par Mme E demande au tribunal
1°) de constater sa bonne foi et son absence de fraude aux prestations sociales,
2°) d'annuler la décision du 1er juin 2023 du centre des finances publiques d'Evry de saisie à tiers détenteur portant sur un indu d'allocation de RSA de 18 960,18 euros pour la période de décembre 2016 à novembre 2019, et sur une amende administrative de 1 268 euros
3°) à titre subsidiaire de prononcer la remise gracieuse de l'indu sur le fondement de l'article L.553-2 du code de la sécurité sociale,
4°) de mettre à la charge de la trésorerie de l'Essonne la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, ce dernier renonçant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le signataire de l'avis à tiers détenteur n'est pas titulaire d'une délégation de signature ;
- l'avis n'est pas motivé ;
- la preuve n'est pas rapportée que la créance n'est pas prescrite ;
- la preuve n'est pas rapportée d'une fraude qui lui soit imputable ;
- la demande d'indu est entachée d'erreur manifeste d'appréciation par la Trésorerie de l'Essonne quant à la durée de séjour de trois ans en Colombie ;
- elle n'a pas été invitée à faire valoir ses observations avant de se voir infliger l'amende administrative.
Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut au rejet de la requête et demande à être mis hors de cause.
Il fait valoir que la juridiction administrative est incompétente et que la requête n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire et que subsidiairement, que le payeur départemental était investi d'une délégation du conseil départemental de l'Essonne rendue exécutoire par délibération du 23 septembre 2021, que chaque titre a fait l'objet de deux lettres de relance, que les titres sont motivés, que l'action en recouvrement n'est pas prescrite, que le comptable n'a pas compétence pour apprécier la légalité interne du titre et se prononcer sur la demande de remise gracieuse de la dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2024, le président du conseil départemental de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la juridiction administrative est incompétente s'agissant d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale, qu'au surplus la requérante n'a présenté aucun recours administratif préalable obligatoire, que la décision mettant à charge l'indu est prise par une personne investie de délégation, qu'elle est motivée, et bien fondée, que l'amende administrative est intervenue au terme d'une procédure régulière et que la demande de remise de dette ne peut qu'être rejetée pour fraude établie, absence de bonne foi et de précarité de la situation de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Crandal ;
- les observations de Mme B, représentant le conseil départemental de l'Essonne qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens ;
- Mme D C ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C était bénéficiaire du revenu de solidarité active. Un rapport d'enquête établi par la caisse d'allocations familiales de l'Essonne le 18 novembre 2019 a conclu d'une part à son absence du territoire français à hauteur de 197 jours en 2016, de 261 jours en 2017, de 278 jours en 2018 et de 135 jours en 2019 et d'autre part à la perception de ressources non déclarées dont une pension de réversion mensuelle variant entre 560 et 538 euros pendant les années 2016 à 2019 et perçue depuis 2012, des virements et des dépôts d'espèces pour des montants variant annuellement entre 1 200 euros pour 5 mois en 2016, de 3 236 euros en 2017, de 3 245 euros en 2018 et de 4 298 euros pour trois trimestres en 2019. La caisse d'allocations familiales lui a notifié par courrier du 9 décembre 2019 que le conseil départemental mettait fin au versement de l'allocation de RSA. Un indu de RSA de 17 692,18 euros au titre de la période de décembre 2016 à novembre 2019 a été mis à sa charge par une décision du 20 décembre 2019 de la caisse d'allocations familiales. Par lettre du 17 janvier 2020, Mme D C a présenté une demande de remise de sa dette de RSA qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par un courrier du 31 janvier 2020, dont la destinataire a accusé réception le 4 février 2020, le département de l'Essonne a informé Mme D C du lancement d'une procédure de sanction administrative et l'a invitée à faire part de ses observations. Par une décision du 30 septembre 2020, le conseil départemental de l'Essonne a décidé d'infliger une amende administrative de 1 268 euros à Mme D C. Le 5 août 2021, le conseil départemental de l'Essonne a rejeté la demande de remise gracieuse de la dette de Mme F.
2. Le 20 août 2020, la paierie départementale de l'Essonne a émis le titre de recettes n°11118/20 en vue du recouvrement de l'indu de R.S.A. d'un montant de 17 692,18 euros, suivi d'une lettre de relance expédiée le 18 janvier 2021. Le 21 octobre 2020 a été émis le titre de recettes n°14310/20 d'un montant de 1268 euros pour l'amende administrative. Une lettre de relance a suivi l'émission de ce dernier titre. Par son jugement n°2106334 et 2106336 du 3 octobre 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté le recours de Mme D contre ces deux lettres de relance. Le bureau d'aide juridictionnelle du Conseil d'Etat a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de la requérante au motif que son pourvoi contre le jugement du tribunal administratif ne reposait sur aucun moyen sérieux. La paierie départementale de l'Essonne a adressé à la requérante une lettre de relance arrêtant les sommes qu'elle devait à 17 692,18 euros et 1 268 euros, soit au total à 18 960,18 euros au 12 avril 2023. Le 1er juin 2023 a été notifié à Mme D C l'avis de saisie administrative à tiers détenteur destiné à Pôle emploi Provence Alpes Côte d'Azur sis à Marseille dont Mme F demande l'annulation par sa requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis de saisie à tiers détenteur :
3. Aux termes de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ".".
4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "
5. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. Une telle demande ressortissant au contentieux du recouvrement, c'est le juge de l'exécution qui est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. Il suit de là, que la paierie départementale de l'Essonne comme le conseil départemental de l'Essonne sont fondés à soutenir que le tribunal administratif n'est manifestement pas compétent pour connaître de cette demande, qui relève du seul juge judiciaire. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 1er juin 2023 de Mme F ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant une juridiction manifestement incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
8. Il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental de l'Essonne a retenu la mauvaise foi de Mme F et lui a infligé une amende administrative de 1 268 euros par une décision du 30 septembre 2020 après l'avoir entendue le 2 mars 2020. Mme D C n'a pas contesté cette décision dans le délai de recours de deux mois mentionné sur cette décision. Elle n'a pas contesté la décision de rejet implicite de sa demande de remise de dette de revenu de solidarité active présentée auprès du président du conseil départemental dans le délai d'un an à compter de la naissance de ce rejet implicite. Si elle fait valoir dans sa requête en premier lieu qu'elle séjournait en Colombie au chevet de sa mère malade décédée en 2017, elle ne produit aucune pièce de nature à attester de la réalité de ce motif alors que le rapport d'enquête de la caisse d'allocations familiales décompte 871 journées passées en Colombie ou en Espagne sur une période contrôlée de 1188 jours entre juin 2016 et septembre 2019. En tout état de cause, à le supposer établi, ce motif ne dispensait pas Mme D C de l'obligation de déclarer ses absences de France dans la période de juin 2016 à septembre 2019. Mme D C fait valoir en second lieu, qu'elle s'est fiée aux déclarations de son mari pour ne pas déclarer la pension qu'elle percevait depuis 2012. Il lui revenait à tout le moins de vérifier l'existence d'une telle obligation auprès des services compétents de la caisse d'allocations familiales dès lors qu'elle était bénéficiaire du RSA et qu'elle devait déclarer trimestriellement ses ressources. Il résulte de ce qui précède que la bonne foi de Mme D C ne peut être retenue. En conséquence, ses conclusions à fin que le tribunal lui accorde la remise gracieuse de sa dette d'indu de revenu de solidarité active de 17 692,18 euros de revenu de solidarité active pour la période de décembre 2016 à novembre 2019 ne peuvent qu'être rejetées.
9. Le rejet de la requête, en toutes ses conclusions, entraîne le rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme D C à fin d'annulation de l'avis à tiers détenteur du 1er juin 2023 sont dirigées vers une juridiction manifestement incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme A D C, à la paierie départementale de l'Essonne et au conseil départemental de l'Essonne
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J-M Crandal La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026