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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305413

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305413

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP CELESTE & JEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2023, M. B A, représentée par Me Agathe Celeste, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son certificat de résidence " scientifique ", a refusé de lui délivrer un certificat de résidence " étudiant " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée l'empêche d'achever la formation qu'il a entreprise ainsi que d'honorer une promesse d'embauche ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, que la décision de refus de renouvellement de son certificat de résidence mention " scientifique " méconnaît le f de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'à la date de demande de renouvellement il conduisait des travaux de recherches et que le refus de délivrance d'un certificat de résidence mention " étudiant " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 juillet sous le numéro 2023 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chavet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 19 juillet 2023 à 10h00 en présence de Mme Paulin, greffière, M. Chavet a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Nouel qui après avoir pris connaissance du mémoire en défense du préfet de la Vienne, conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens et produit à l'audience une autorisation de travail délivrée le 13 juillet 2023 pour un emploi d'attaché de recherche clinique à l'assistance publique des hôpitaux de Paris ;

- le préfet de la Vienne n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B A, ressortissant algérien né le 11 juin 1992, est entré régulièrement en France en septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour. Il a été titulaire de certificats de résidence portant la mention " étudiant " jusqu'en septembre 2019 puis de certificats de résidence portant la mention " scientifique " dont la durée de validité du dernier expirait le 30 septembre 2022. Le 28 septembre 2022, M. A a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " scientifique " puis le 30 janvier 2023 la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 15 juin 2023 le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son certificat de résidence " scientifique ", a refusé de lui délivrer un certificat de résidence " étudiant " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le requérant demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Sur les conclusions dirigées contre la décision refusant le renouvellement du certificat de résidence portant la mention " scientifique " :

4. En premier lieu, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

5. En second lieu, le f de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule : " Les ressortissants algériens qui viennent en France pour mener des travaux de recherche ou dispenser un enseignement universitaire, reçoivent sous réserve d'une entrée régulière, un certificat de résidence valable un an portant la mention " scientifique ".

6. Il résulte de l'instruction que le contrat de doctorant à l'Université de Poitiers dont était titulaire M. A et dans le cadre duquel il menait des travaux de recherche s'est achevé le 31 octobre 2022. A la date de la décision attaquée, M. A était inscrit dans une formation ayant pour but d'obtenir la certification professionnelle d'attaché de recherche clinique. Dès lors, le moyen tiré de ce que, en refusant le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " scientifique ", le préfet de la Vienne aurait méconnu le f de l'article 7 précité n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que, à la date de cette décision, M. A ne menait aucun travail de recherche et ne dispensait aucun enseignement universitaire.

7. Il en est de même du moyen tiré de ce que la décision aurait été signée par une autorité incompétente dès lors que Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne a reçu délégation du préfet, par un arrêté du 12 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de la décision refusant le renouvellement du certificat de résidence portant la mention " scientifique " de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision refusant la délivrance du certificat de résidence portant la mention " étudiant " :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que s'agissant de la décision refusant la délivrance du certificat de résidence portant la mention " étudiant ", il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier de la suspension de cette décision.

10. A cet égard, ni la circonstance que l'exécution de la décision en litige l'empêcherait d'achever la certification professionnelle d'attaché de recherche clinique qu'il n'a entamée qu'en janvier 2023 ni la circonstance que, en dépit de l'autorisation de travail qu'il a obtenue le 13 juillet 2023, il ne pourra pas occuper un emploi auprès de l'assistance publique des hôpitaux de Paris en contrat à durée déterminée à temps plein pour la période du 1er août 2023 au 1er janvier 2024, au demeurant incompatible avec la détention d'un certificat de résidence " étudiant ", n'est de nature à caractériser une situation d'urgence.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de la décision refusant la délivrance du certificat de résidence portant la mention " étudiant " doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

13. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision dont le recours en annulation formé contre elle a déjà un effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont manifestement irrecevables.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Fait à Versailles, le 19 juillet 2023 .

Le juge des référés,

Signé

N. Chavet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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