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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305443

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305443

mercredi 23 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juillet et 3 août 2023, M. B A, représenté par Me Reynolds, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle ou à lui-même dans le cas contraire.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il ne dispose plus de document l'autorisant à séjourner en France, et que la situation précaire dans laquelle il se trouve est prolongée sur une période anormalement longue ; l'absence de délivrance d'un titre de séjour l'expose au risque de voir suspendue son inscription pour l'année universitaire 2023/2024 et d'entraîner des difficultés dans le versement de la bourse sur critère sociaux dont il bénéfice et dans sa recherche de stage ; il est en outre empêché de rechercher un emploi ; sa liberté de circulation est entravée et il est exposé à une mesure d'éloignement ;

- la mesure présente un caractère utile ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- il a produit dès le 6 mars 2023 les pièces complémentaires sollicitées par la préfecture et n'a, depuis lors, reçu aucune nouvelle demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le dossier de l'intéressé est en cours d'instruction et qu'il ne justifie pas d'une situation d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Milon, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malgache, né en 1999, déclare être entré en France le 26 décembre 2016 muni d'un visa de court séjour. Il déclare avoir été mis en possession d'un titre de séjour étudiant en 2021. Il ressort des pièces du dossier qu'un tel titre de séjour lui a été délivré en 2022 et que celui-ci était valable jusqu'au 31 mars 2023. M. A en a sollicité le renouvellement le 8 janvier 2023 et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable du 20 mars 2023 au 19 mai 2023. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un rendez-vous afin que lui soit délivré un récépissé l'autorisant à travailler.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26 ".

5. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ". Aux termes de l'article R. 431-15-2 de ce code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur ".

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 1 ci-dessus que M. A a déposé, le

8 janvier 2023, une demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant, dont la validité expirait le 31 mars 2023. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'après avoir bénéficié d'une attestation de dépôt de sa demande, M. A a été muni d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable du 20 mars au 19 mai 2023. A l'inverse, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette attestation de prolongation de l'instruction aurait, à nouveau, été prolongée, ainsi que le permettent, en cas de circonstances particulières, les dispositions précitées de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application des dispositions, citées au point 4, des articles R. 432-1 et R. 432-2 du même code, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. A est née du silence gardé par le préfet de l'Essonne durant plus de quatre mois après le dépôt de sa demande. Dans ces conditions, la mesure sollicitée, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qui tend à la fixation d'un rendez-vous auprès de la préfecture en vue de la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, fait obstacle à l'exécution de la décision implicite de rejet de cette demande.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée, en ce compris les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a, par ailleurs, pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Toutefois, il est loisible à l'intéressé, s'il s'y croit fondé, de contester la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour selon les voies de droit qui lui sont ouvertes, y compris en référé.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 23 août 2023.

La juge des référés,

Signé

A. Milon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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