mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305489 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELUR PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 24 juillet 2023, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Yerres a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 91691 23 10100 déposée par la société Free Mobile pour l'installation d'antennes sur la toiture d'un bâtiment situé
95 rue Raymond Poincaré sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune de Yerres de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Yerres le versement d'une somme de
5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- l'urgence est établie compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national, dont le territoire de la commune de Yerres, par le réseau de téléphonie mobile 5G de chaque opérateur et de ses intérêts propres ; elle doit, en effet, répondre à un cahier des charges fixé par l'Etat pour le déploiement de la 5G et la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est couverte que partiellement par les réseaux 3G, 4G, 5G et très haut débit de Free mobile ainsi qu'il ressort des cartes de couverture réseau ; pour l'instant les objectifs de couverture imposés par l'Etat ne sont pas encore atteints et la partie de territoire sur laquelle la stations relais doit être implantée n'est pas couverte par les réseaux 3G, 4G et 5G.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :
- il est entaché d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;
- le projet ne méconnait pas les dispositions des articles UE 2.3 et UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation par rapport aux dispositions de ce même article règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la commune de Yerres, représentée par Me Donatien de Baillencourt, conclut au rejet de la requête et à ce soit mis à la charge de la société Free Mobile le versement d'une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la zone d'implantation envisagée est déjà couverte et les cartes versées par la société Free portent sur la commune de Sailly-Labourse et non de Yerres ; dès lors, la société Free Mobile ne justifie pas de la condition d'urgence ;
- aucun des moyens invoqués ne sont de nature à établir un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée sous le n° 2304915, par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de l'arrêté en litige.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 juillet 2023 à
14 heures, en présence de M. Rossini, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Mégret, juge des référés ;
- les observations de Me Mradel, substituant Me Martin, pour la société Free Mobile, qui reprend ses écritures et insiste sur l'urgence qui est caractérisée, les nouvelles cartes produites dans le mémoire complémentaire montrant bien les trous de couverture ; la saisine du juge des référés ne peut être considérée comme tardive même si elle a eu lieu deux mois et demie après la décision d'opposition à déclaration préalable ; l'intérêt public permet d'établir l'urgence d'autant plus que les cartes de l'ARCEP ne sont pas suffisamment précises et n'ont qu'une valeur indicative puisqu'à la différence des cartes de service produites elles ne prennent pas en compte les obstacles qui peuvent s'y trouver ; la jurisprudence Egoulevent justifie l'existence d'une erreur de droit en l'absence de qualité du site ; il y a également erreur d'appréciation de l'insertion dans le paysage compte tenu de la couleur du toit et de ce que la hauteur de la fausse cheminée et ses matériaux sont comparables à celles des cheminées voisines.
- les observations de Me Guettier représentant la commune de Yerres qui rappelle que la jurisprudence a tranché ce type de litige ; l'urgence est quasiment présumée mais ici la couverture de la commune partielle n'est pas remplie comme le montre la carte de l'ARCEP ; la commune de Yerres est couverte en 3G et 4G avec un taux de couverture de 99 % et pour la 5G elle est également couverte par le réseau de free mobile ; les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ont été méconnues ; sur l'insertion dans son environnement, il n'est pas utile de rechercher si le site est un site de qualité puisque compte tenu des caractéristiques du projet et de l'implantation de la cheminée sur le pan du toit proposé ce qui ne permet pas une insertion dans l'environnement existant ; dès lors, le raisonnement en deux temps de la décision association Egoulevent n'est pas nécessaire ; les cheminées doivent être traitées de la même façon que la construction comme l'exige l'article U11 du PLU ce qui est, en l'espèce, méconnu ; la cheminée installées du côté de la voie publique ne permet pas l'insertion dans l'espace avoisinant ; la commune n'est pas opposée à un tel projet mais il aurait fallu en discuter ; l'usage de l'imitation brique ne convient pas d'autant plus qu'ici le bâtiment en cause est une clinique vétérinaire qui est un bâtiment long et blanc ; il aurait fallu une cheminée imitation crépi blanc ; la commune aurait pu délivrer une non opposition à déclaration préalable dans d'autres circonstances.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 14h30.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé le 5 avril 2023 une déclaration préalable de travaux portant sur l'installation d'antennes dans une fausse cheminée en résine imitation briques sur la toiture d'un bâtiment situé 95 rue Raymond Poincaré sur le territoire de la commune de Yerres et l'installation de modules techniques derrière ce bâtiment. Le 21 avril 2023, le maire de la commune de Yerres s'est opposé à cette déclaration préalable n° DP 91691 23 10100. La société Free Mobile demande à la juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette opposition à déclaration préalable.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction que les obligations qui ont été faites à la société Free Mobile par l'autorité de régulation des télécommunications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), portent d'une part sur la couverture en 4G et TDH devant atteindre 98 % de la population au 17 janvier 2027 et 99,6 % au 8 décembre 2030, et d'autre part sur l'accès de la population à son réseau 5G, sur la bande de fréquence 3,4 - 3,8 GHz, à partir de 3 000 sites à compter du 31 décembre 2022, de 8 000 sites à compter du 31 décembre 2024 et de 10 500 sites à compter du 31 décembre 2025. Il résulte des données et notamment des cartes de couverture réseau produites par la société requérante, dont la sincérité ne peut être utilement contestée par les cartes de couverture de l'ARCEP, que le territoire de la commune de Yerres n'est que partiellement couvert par son réseau de téléphonie mobile 3G, 4G et 5G. En outre, la circonstance que la société requérante ait introduit la présente requête deux mois et demi après la notification de la décision attaquée n'est pas de nature à minorer ces intérêts. Dès lors, eu égard à l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu'aux intérêts propres de la société Free Mobile, au regard des engagements pris vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ces réseaux la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
5. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la compétence du signataire de l'arrêté du
21 avril 2023 n'est pas établie est, en l'état de l'instruction et en l'absence de mémoire en défense, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Et aux termes de l'article UE 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Yerres : " () 2-3 : Les constructions et installations nécessaires à l'implantation des différents réseaux de distribution (eau potable, électricité, gaz, téléphone, télédiffusion, assainissement, etc.), sous réserve qu'elles s'intègrent dans l'environnement urbain existant ou projeté (). " Et aux termes de l'article 11 de ce règlement : " En application de l'article R 111-21 du Code de l'Urbanisme. Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () Les cheminées doivent être traitées avec les matériaux et couleurs en harmonie avec ceux de la construction. () Les antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques (antennes, paraboles, etc.) devront être installées obligatoirement en toiture de la façon la moins visible possible depuis l'espace public. Lorsqu'elles s'implantent en terrasse, elles doivent être le plus en retrait possible de la façade. Elles doivent avoir une couleur qui s'intègre avec la partie de construction sur laquelle elles sont fixées. () "
7. Ces dispositions du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dans ces conditions, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
8. Si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut s'opposer à la déclaration préalable ou l'assortir de prescriptions spéciales en application des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, reprises à l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme local. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder une décision d'opposition ou les prescriptions spéciales accompagnant la décision de non opposition à déclaration préalable, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
9. En l'état de l'instruction, compte tenu des termes mêmes de la décision du
21 avril 2023, le moyen tiré de ce que la commune de Yerres a commis une erreur de droit en se bornant à apprécier l'impact de la construction sur le site d'implantation, sans en examiner au préalable la qualité est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
10. En troisième lieu, eu égard aux caractéristiques et à la localisation de l'opération projetée, le moyen tiré de ce que la commune de Yerres a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme est également de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, en l'état du dossier.
12. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, de telle sorte qu'il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 avril 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.
14. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, il doit être enjoint à la commune de Yerres, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, de ne pas s'opposer à la déclaration préalable n° DP 91691 23 10100 déposée par la société Free Mobile. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la commune de Yerres et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Yerres une somme globale de 1 000 euros à verser à la société Free Mobile en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Yerres a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 91691 23 10100 déposée par la société Free Mobile est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Yerres de délivrer à la société Free mobile, dans l'attente du jugement au fond, l'attestation de décision de non opposition à la déclaration préalable prévue par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Yerres versera à la société Free Mobile une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Yerres présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Yerres.
Fait à Versailles, le 26 juillet 2023.
La juge des référés,
Signé
S. Mégret
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026