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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305689

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305689

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantGARAVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Garavel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est sans objet dès lors qu'il a seulement été opposé au requérant un refus d'acceptation de son dossier pour incomplétude.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caron, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant béninois né le 20 avril 1996, est entré en France, selon ses déclarations, le 4 août 2018 muni d'un visa étudiant valable du 23 juillet 2018 au 23 juillet 2019. Il a obtenu un titre de séjour étudiant, régulièrement renouvelé jusqu'au 31 octobre 2022, puis s'est vu délivrer le 3 octobre 2022 une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ", autorisant son titulaire à " rechercher et à exercer un emploi ", délivrée par le préfet du Finistère, et valable jusqu'au 2 avril 2023. Suite à son déménagement, M. B a déposé le 28 mars 2023 auprès de la préfecture de l'Essonne un formulaire de demande de renouvellement de son titre de séjour, mentionnant sa situation de " salarié " en contrat à durée indéterminée depuis le 12 décembre 2022. Les services de la préfecture de l'Essonne lui ont notifié, le jour même, une demande de production de pièces manquantes, correspondant à un justificatif de domicile et à une autorisation de travail " définitive ". M. B a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail valable du 28 mars 2023 au 27 juin 2023. Souhaitant renouveler ce récépissé, l'intéressé s'est vainement présenté le 6 juillet 2023 au guichet de la préfecture de l'Essonne, l'agent lui ayant indiqué oralement son refus de lui délivrer un nouveau récépissé en l'absence de production d'une autorisation de travail. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". L'article R. 431-12 du même code prévoit que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ()". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. Par ailleurs, d'une part, l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. " et aux termes de l'article L. 422-9 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1 la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" n'est pas renouvelable. () ". L'article L. 422-10 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, prévoit que : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; ()". L'article L. 422-11 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " est délivrée en application du 1° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches, assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné. A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " prévue aux articles L. 421-1 ou L. 421-3, ou la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ", " passeport talent-carte bleue européenne " ou " passeport talent-chercheur " prévue aux articles L. 421-9, L. 421-10, L. 421-11, L. 421-14 ou L. 421-20, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de lui délivrer une nouvelle autorisation provisoire de séjour, le préfet de l'Essonne a considéré que le dossier de M. B était incomplet dès lors que l'autorisation de travail, qui constitue, aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'une des pièces à fournir en cas de demande de titre de séjour salarié, était manquante. Si M. B soutient que cette pièce n'était pas exigible dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10, il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement de titre de séjour remplie le 28 mars 2023 par l'intéressé mentionnait qu'il était salarié et titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 12 décembre 2022. Le récépissé qui lui a été délivré le 28 mars 2023 indique d'ailleurs qu'il correspond à la " demande de délivrance d'un premier de titre de séjour portant la mention salarié ". Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne a pu légitimement se considérer saisi d'une demande de titre de séjour " salarié " en application de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B, à qui il a été indiqué dans un document du 28 mars 2023 qu'il devait produire une " autorisation de travail définitive " pour l'instruction de son dossier, ne pouvait ignorer que sa demande de titre de séjour était instruite sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, correspondant à sa situation professionnelle, et il ne résulte d'aucune pièce du dossier qu'il aurait expressément sollicité que sa demande soit instruite sur le fondement de l'article L. 422-10 du même code. Enfin, M. B ne soutient pas, ni même n'allègue, avoir produit un dossier complet comprenant l'autorisation de travail demandée. Dans ces conditions, le refus du préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail au motif du caractère incomplet de sa demande, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées comme irrecevables. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. BoukhelouaLa greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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