jeudi 10 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet et 3 août 2023, M. A C, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Bois d'Arcy, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale dès lors que l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui servant de fondement méconnaît l'article 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé les 20 et 21 juillet 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- - la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Lutz pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-29 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 août 2023 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme Lutz ;
- les observations de Me Berdugo, représentant M. C, présent, assisté par Mme B, interprète en langue arménienne, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, indique que l'intéressé a repris la vie commune avec son épouse, présente à l'audience avec sa fille, soulève à la barre de nouveaux moyens à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la violation du droit de M. C à être entendu et de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à l'encontre de la décision portant refus de séjour, tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, et fait valoir en outre que l'épouse du requérant a sollicité, le 5 juillet 2023, la levée de l'interdiction d'entrer en relation avec son mari prononcée par jugement du tribunal judiciaire de Versailles du 19 mai 2022 ;
- les observations de Me El Haik, représentant le préfet des Yvelines, qui fait valoir que M. C représente une menace actuelle à l'ordre public, que la nature et l'intensité des liens avec son épouse et sa fille ne sont pas établies et que l'intéressé ne démontre pas que la pathologie dont il est atteint ne pourrait être prise en charge en Arménie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une pièce complémentaire, produite par M. C après l'audience, n'a pas été communiquée.
1. M. A C, ressortissant arménien né le 3 septembre 1984, est entré sur le territoire français le 21 juillet 2017, selon ses déclarations. Il a bénéficié de trois titres de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Le 19 mai 2022, il a été condamné à dix-huit mois d'emprisonnement, dont douze mois de sursis probatoire pendant deux ans, par le tribunal judiciaire de Versailles pour des faits de violence sur sa conjointe et de délaissement de mineur de quinze ans compromettant sa santé ou sa sécurité. Par une ordonnance du 25 mai 2023, le juge d'application des peines de Versailles a révoqué le sursis probatoire à hauteur de quatre mois en raison de la méconnaissance par l'intéressé de l'interdiction de paraître au domicile et sur le lieu de travail de son épouse et d'entrer en contact avec elle. Par un arrêté du 11 juillet 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige ressortissant à la compétence du magistrat désigné :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date du présent jugement : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ". Enfin, aux termes de l'article L. 614-15 de ce code : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors de l'hypothèse, visée au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise à la suite d'une décision refusant de reconnaitre à un étranger la qualité de réfugié ou de lui accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, dans laquelle le législateur a autorisé le président du tribunal, ou le magistrat qu'il désigne, à connaître de l'éventuelle décision portant refus de titre de séjour prise concomitamment à une mesure d'éloignement, il n'appartient pas à ce magistrat, statuant seul, de connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à la suite de laquelle est prise la mesure d'éloignement. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 11 juillet 2023 en tant qu'il refuse à M. C la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction de délivrance d'un titre de séjour ou de réexamen de sa situation, relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal et doivent, dès lors, lui être renvoyées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-01-30-00001 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation de signature à M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 412-5, L. 432-1, L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 et L.612-6, et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et précise les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français. Il mentionne la situation familiale de l'intéressé et la condamnation à 18 mois d'emprisonnement, dont 12 mois avec sursis, assorti d'une interdiction de paraître au domicile ou sur le lieu de travail de son épouse et d'entrer en relation avec elle, dont il a fait l'objet par jugement du tribunal judiciaire de Versailles du 19 mai 2022. Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision refusant un titre de séjour :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
8. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser le renouvellement du titre de séjour, le préfet de l'Essonne a considéré d'une part, que M. C avait porté atteinte à sa cellule familiale en France au regard des faits de violences conjugales et de délaissement de mineur pour lesquels il a été condamné, le 19 mai 2022, à 18 mois d'emprisonnement dont 12 avec sursis par le tribunal judiciaire de Versailles, d'autre part, que la présence en France de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public au regard de cette condamnation démontrant le non-respect des principes fondamentaux de la République et un défaut d'intégration dans la société française. En l'espèce, M. C est entré sur le territoire en 2017 et y a résidé ensuite sous couvert de trois titres de séjours successifs au titre de sa vie privée et familiale en France, auprès de son épouse et leur fille née en 2018, toutefois il s'est rendu coupable en mai 2022 de violences sur son épouse et de délaissement de son enfant. S'il fait valoir qu'il n'a pas respecté l'interdiction de paraître au domicile et sur le lieu de travail de son épouse et d'entrer en relation avec elle pendant deux ans également prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Versailles le 19 mai 2022, ce qui a conduit, en mai 2023, à la révocation du sursis à hauteur de quatre mois et à son incarcération, en raison de la reprise de la vie commune, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. De même, s'il indique à la barre que son épouse, présente à l'audience avec sa fille, a sollicité la levée de cette interdiction, il ne justifie pas du dépôt de cette demande au tribunal judiciaire de Versailles. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui ne maîtrise pas le français malgré sept ans de présence sur le territoire, disposerait en France d'une insertion sociale ou professionnelle, ce à quoi ne fait pas entièrement obstacle sa situation de personne handicapée, et serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident encore ses parents et ses deux frères. Le préfet n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 précité en estimant que M. C ne pouvait prétendre au renouvellement de son titre de séjour sur ce fondement. Par ailleurs, au regard de la gravité et du caractère récent des faits reprochés, et nonobstant leur caractère isolé, le préfet n'a pas non plus méconnu l'article L.412-5 précité en considérant que M. C représentait une menace pour l'ordre public.
9. En deuxième lieu, M. C ayant sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office s'il pouvait faire l'objet d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du même code. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
11. M. C, qui ne remplit pas, à la date de la décision litigieuse, les conditions entraînant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que le préfet était tenu, avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, de saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure n'est pas fondé.
12. En quatrième lieu, il résulte également de tout ce qui précède que le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C.
S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressent non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.
14. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par ailleurs, et en cas de décision portant obligation de quitter le territoire, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
15. En l'espèce, M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. A l'occasion de la constitution et du dépôt de cette demande, il a pu présenter toutes les observations qu'il jugeait utiles. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté
16. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
17. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. C ne peut se prévaloir d'une vie familiale à la date de la décision contestée. Il ne démontre pas non plus, par la seule production de facture de cantines adressées à lui-même et à son épouse au premier semestre 2023 et d'un échange non daté sur le cahier de liaison de l'enfant, que sa présence en France revêtirait pour sa fille un caractère indispensable ou que son éloignement serait contraire à son intérêt supérieur. Par suite, la décision du préfet des Yvelines n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas non plus méconnu l'intérêt supérieur de sa fille tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
19. M. C soutient que son état de santé fait obstacle à son éloignement à destination de l'Arménie, dès lors que ce pays ne peut lui offrir de prise en charge adaptée pour sa méningite infectieuse récidivante ni de traitement de substitution aux opiacés. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'hospitalisation en chirurgie du 24 novembre 2021, que sa pathologie ayant donné lieu à son hospitalisation ait nécessité un traitement de plus d'un mois ni qu'il en conserve des séquelles faisant obstacle à son éloignement et, d'autre part, il n'établit pas, par la production de documents généraux ou anciens, que le traitement de substitution aux opiacés nécessité par son état de santé ne serait pas disponible en Arménie. La seule circonstance que la maison départementale des personnes handicapées lui a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 et 80 % ne suffit pas à établir qu'en cas de retour en Arménie, M. C ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
20. D'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
21. En l'espèce, pour prendre la décision attaquée, le préfet des Yvelines s'est fondé sur ce que M. C représente une menace pour l'ordre public, s'est vu refuser un titre de séjour et présente un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si l'intéressé, qui n'a pas déclaré son intention de se soustraire à la mesure d'éloignement, dispose d'un passeport en cours de validité, il ne justifie d'aucun hébergement connu hors le domicile de son épouse où il a l'interdiction de se rendre en application du jugement rendu le 19 mai 2022 par le tribunal judiciaire de Versailles. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
22. D'autre part, les dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent un délai de départ volontaire de trente jours et prévoient, par exception, les hypothèses dans lesquelles un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut se voir opposer une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Les trois hypothèses prévues au 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-2 consistent en la transposition exacte des dispositions précitées du 4° de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008. Les dispositions de l'article L. 612-3 définissent quant à elles les critères objectifs de détermination du risque de fuite. Par ailleurs, en prévoyant que des circonstances particulières peuvent faire obstacle à ce que le risque de fuite soit considéré comme établi dans l'hypothèse où un étranger entrerait dans un des cas ainsi définis, le législateur a imposé à l'administration un examen de la situation particulière de chaque étranger, à même d'assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu'il est recouru à des mesures coercitives. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec les objectifs poursuivis par la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
23. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
24. Si M. C fait valoir que son retour en Arménie serait constitutif d'un traitement inhumain ou dégradant, dès lors qu'il ne pourrait y bénéficier d'un traitement médical, il ressort de ce qui a été dit précédemment qu'il n'en justifie pas. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en décidant son éloignement à destination de son pays d'origine.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
25. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.
26. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
27. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle.
28. Il résulte de ce qui précède que M. C a fait, à bon droit, l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont l'intéressé fait état, exposées aux points 8 et 19 du présent jugement, ne présentent pas de caractère humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C d'une telle interdiction. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant à la durée minimale d'un an, ait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du même code.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2023 en tant qu'il oblige M. C à quitter le territoire français, lui refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2023 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction de délivrance d'un titre de séjour ou de réexamen de sa situation, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.
La magistrate désignée
signé
F. Lutz Le greffier
signé
T. Rion La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2305744
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026