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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305780

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305780

lundi 14 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSUCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juillet 2023 et le 3 août 2023, Mme E B, représentée par Me Suchy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du par lequel le préfet de l'Essonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa demande.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte à son droit au respect à sa vie privée et familiale, consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé, le 26 juillet 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 août 2023, en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Suchy, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par Me Suchy a été enregistrée le 4 août 2023.

Considérant ce qui suit :

1 Mme E B, ressortissante ivoirienne, née le 30 décembre 1992 à Bouake, a sollicité le 13 avril 2023 son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services du préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de sa demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de Mme B avaient été relevées le 19 février 2023 par les autorités de contrôle compétentes en Italie. Saisies d'une demande de prise en charge de Mme B le 19 avril 2023, les autorités italiennes ont implicitement accepté cette requête le 20 juin 2023. Par un arrêté du 3 juillet 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'ensemble des moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ".

3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B réside, depuis son entrée en France, aux côtés de son mari, M. A C et leurs trois enfants nés les 19 mars 2013, 5 juillet 2014 et 30 octobre 2016 en Côte d'Ivoire, régulièrement scolarisés, et qu'elle est actuellement enceinte. Il ressort également des pièces du dossier que son mari, entré en France au cours de l'année 2019, exerce depuis deux années une activité salariée en qualité de paysagiste au sein de la société Etudes et chantiers. Mme B, par la production à l'audience d'un courrier de l'employeur de M. C, qui, bien que postérieur à l'arrêté litigieux puisque datée du 10 juillet 2023, révèle une situation qui lui est antérieure, établit que ladite société a engagé les démarches nécessaires en vue de l'obtention d'une autorisation de travail. Par suite et dans les conditions particulières de l'espèce tenant en particulier à la situation familiale de Mme B, celle-ci est fondée à soutenir qu'en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences pour sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel préfet de l'Essonne a décidé du transfert de Mme B aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".

8. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de statuer à nouveau sur la situation de Mme B au regard des motifs exposés au point 5 de la présente décision, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une attestation de demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé du transfert de Mme B aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande de protection internationale est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B dans un délai de trois mois et de lui délivrer, dans cette attente, une attestation de demande d'asile.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. D La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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