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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305817

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305817

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantFOURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 17 juillet, 30 août et 17 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Fouret, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2023 par laquelle l'inspectrice d'académie, directrice académique des services de l'éducation nationale (IA-DASEN) des Yvelines a refusé sa demande d'instruction en famille de son fils B C, ensemble la décision du 31 juillet 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté son recours administratif contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de lui délivrer l'autorisation d'instruire en famille son fils B C au cours de l'année scolaire 2023-2024 ;

3°) à défaut d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 376,64 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; l'administration ne l'a pas contacté pour obtenir les informations complémentaires nécessaires à l'examen de sa demande ; elle ne pouvait rejeter sa demande au motif de son incomplétude après avoir accepté de l'enregistrer comme complète ;

-la décision est entachée d'une erreur de droit ; le refus qui leur a été opposé est contraire à l'esprit de la loi du 24 août 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; il justifie de l'existence d'une situation propre à son enfant ; B présente plus d'une dizaine de particularités liées à son bilinguisme, sa familiarité avec le programme d'enseignement américain, ses capacités intellectuelles et cognitives, sa sensibilité, que le rectorat n'a pas prises en compte ; le projet pédagogique présenté permet de répondre à ses besoins particuliers ;

-l'administration a également entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des pièces produites à l'appui de sa demande, en estimant en particulier que le dossier ne comportait pas de projet pédagogique et que les rapports de l'instruction en famille luxembourgeoise ne démontreraient aucune progression ;

-l'instruction en famille apparaît plus respectueuse de son intérêt supérieur que la scolarisation dans un établissement d'enseignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-les conclusions de la requête sont irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre la décision de l'IA-DASEN des Yvelines, la décision de la commission académique, datée du 31 juillet 2023, s'étant substitué à la décision initiale ;

-les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 septembre 2023, l'instruction a été rouverte et la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 septembre 2023 à 10h00.

Par un courrier du 5 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre la décision de l'IA-DASEN du 3 juillet 2023, à laquelle s'est substitué la décision prise le 31 juillet 2023, soit postérieurement à l'introduction de la requête, sur le recours préalable obligatoire exercé par M. C.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation et la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, notamment son article 49 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thivolle,

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 31 juillet 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté son recours administratif contre la décision du 3 juillet 2023 par laquelle l'inspectrice d'académie, directrice académique des services de l'éducation nationale (IA-DASEN) des Yvelines a refusé sa demande d'instruction en famille de son fils B C.

Sur l'exception de non-lieu en ce qui concerne la décision du 3 juillet 2023

2. La décision du 31 juillet 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté le recours administratif préalable formé par la requérante s'est substituée à la décision du 3 juillet 2023 du DASEN des Yvelines, qui a, dès lors, disparu de l'ordonnancement juridique à la date à laquelle le tribunal statue sur la requête de M. C.

3. En l'espèce, alors même que la décision du recteur est intervenue postérieurement à l'introduction de la présente instance, il ressort des écritures en réplique du requérant que celui-ci a entendu rediriger ses conclusions à l'encontre de la décision prise le 31 juillet 2023 sur son recours administratif préalable obligatoire.

4. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre la décision du DASEN des Yvelines datée du 3 juillet 2023 et que les moyens dirigés contre les vices propre de cette décision, tirés en particulier du défaut de sa motivation et de l'erreur d'appréciation que l'administration aurait commise en estimant que le dossier ne comportait pas de projet pédagogique et que les rapports de l'instruction en famille luxembourgeoise ne démontreraient aucune progression, motifs qui ne figurent pas dans la décision du 31 juillet 2023, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

Sur la légalité de la décision du 31 juillet 2023 :

5. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans () ". L'article L. 131-2 du même code dispose : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5. ". Aux termes dudit article L. 131-5 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement ou école d'enseignement, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement ou école d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

6. Par ailleurs, ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

7. Il s'ensuit, en premier lieu, que le recteur de l'académie de Versailles n'a commis aucune erreur de droit en vérifiant l'existence d'une situation propre à l'enfant et qu'il a pu légalement se fonder sur l'absence d'une telle situation pour rejeter la demande d'autorisation.

8 En deuxième lieu, M. C fait valoir que son fils présente plus d'une dizaine de particularités liées à son bilinguisme et à sa double culture, sa familiarité avec le programme d'enseignement américain, ses capacités intellectuelles et cognitives, sa sensibilité, et souligne la volonté de ses parents de bénéficier du temps nécessaire à l'organisation d'activités culturelles et sportives ainsi que leur souhait de pouvoir effectuer de fréquents voyages aux Etats-Unis. Il met également en avant sa maturité et sa sensibilité et souligne, en outre, la difficulté à laquelle il sera confronté pour l'inscrire dans un établissement d'enseignement bilingue, compte tenu de l'absence de place, à la date de sa requête, dans ce type d'établissement. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'existence d'une situation propre à l'enfant B motivant un projet pédagogique d'instruction en famille.

9. Les circonstances exposées au point précédents ne sont pas non plus de nature à établir que la décision litigieuse serait contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant B C.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de la décision du recteur de l'académie de Versailles du 31 juillet 2023 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

M. Thivolle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. Thivolle

La présidente,

Signé

I. DelyLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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