jeudi 7 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | YAHI RIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet et 13 août 2023, M. B C, représenté par Me Yahi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- une procédure de réexamen est actuellement en cours devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, méconnaissant ainsi son droit à un procès équitable ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant prolongation de son interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Geismar pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 août 2023 :
- le rapport de Mme Geismar ;
- les observations de Me Yahi, représentant M. C, assisté de M. D, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner le droit au séjour de M. C, et insistant sur la disproportion de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois ;
- les observations de M. C ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant turc né le 23 septembre 1975, est entré en France en 2018, selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 21 novembre 2018 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 mai 2019. Les trois demandes de réexamen présentées par l'intéressé ont également été rejetées par l'OFPRA comme irrecevables, respectivement les 28 juin 2019, 2 décembre 2019 et 24 octobre 2022. Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur le droit au séjour :
2. M. C fait valoir au cours de de l'audience publique que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit au motif que le préfet ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour. Toutefois, il ne démontre pas avoir formulé une demande autre que celle relevant de la procédure d'asile. En outre, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la situation familiale de l'intéressé, notant que sa concubine et ses enfants, pour partie mineurs, résident dans son pays d'origine alors qu'il ne peut se prévaloir de liens intenses sur le territoire français. Au demeurant, il n'est pas contesté que M. C a déjà fait l'objet, le 16 septembre 2021, d'un arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen de son droit au séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-091 du 17 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 057 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A E, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que la demande d'asile de l'intéressé avait été rejetée. En outre, pour prendre cette décision, le préfet de l'Essonne a relevé que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de l'intéressé. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, M. C soutient que la décision attaquée méconnait son droit à un procès équitable dès lors qu'il a effectué, le 25 juillet 2022, une demande de réexamen auprès de l'OFPRA. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de l'extrait de la base TelemOfpra, produit par le préfet de l'Essonne, dont les mentions font foi jusqu'à preuve contraire, au sens de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une telle demande de réexamen serait actuellement pendante devant l'OFPRA. Au contraire, il ressort des pièces produites que les trois demandes de réexamen qu'avait déposées le requérant ont été jugées irrecevables le 28 juin 2019, le 2 décembre 2019 ainsi que le 24 octobre 2022. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. Si M. C soutient que les stipulations précitées ont été méconnues, il ne produit toutefois à l'appui de sa requête aucun élément de nature à justifier de la réalité et de l'intensité de sa vie privée familiale et personnelle en France. En outre, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet de l'Essonne le 16 septembre 2021, ce qui n'est pas contesté par l'intéressé. Dans ces conditions et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident selon ses déclarations sa concubine et ses enfants, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a pas ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle ne fixe pas le pays de destination.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. M. C, dont la demande d'asile et les demandes de réexamen ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, soutient qu'il craint d'être persécuté par les autorités turques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement bénévole auprès de partis politiques pro-kurdes et notamment de sa participation à des enterrements de membres des Unités de protection du peuple (YPG) et du PKK. A l'appui de ce moyen, l'intéressé verse au dossier une décision de la CNDA du 11 avril 2023 admettant un compatriote qu'il présente comme son fils, au statut de réfugié, sans toutefois établir la similitude de leurs situations. Si M. C soutient également faire l'objet d'un mandat d'arrêt en raison de ses opinions politiques, et verse au dossier un procès-verbal d'audience provenant de la deuxième cour d'assises d'Agri du 16 juin 2023, cette pièce, qui au demeurant ne présente pas de garanties suffisantes d'authenticité, est insuffisante pour établir de manière suffisamment probante que l'intéressé encourt des risques personnels et avérés de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Eu égard aux circonstances indiquées au point 8 du présent de jugement, le moyen tiré de que la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français de M. C porterait une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 7 juillet 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 septembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. Geismar Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026