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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305890

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305890

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 juillet 2023 et 7 septembre 2023, M. D C J, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Saïdi.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas signé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle ne comporte pas la mention du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que le préfet s'est fondé sur la menace qu'il constitue pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car il est parent d'un enfant français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants ;

- le préfet ne s'est pas fondé sur tous les critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C J ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. H pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2023 :

- le rapport de M. H ;

- les observations de Me Saïdi, représentant M. C J, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C J ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C J, ressortissant congolais né le 23 décembre 1983, a été interpellé le 16 juillet 2023 par les services de police de la compagnie autoroutière Sud Ile-de-France de Massy pour des faits de " conduite sans permis, conduite de véhicule sous l'emprise de produit stupéfiant et sous l'empire d'un état alcoolique ". Par un arrêté du 17 juillet 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. C J demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

2. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué du 17 juillet 2023 comporte la signature, ainsi qu'au demeurant les prénom, nom et qualité de son auteur, Mme G E, adjointe au chef de bureau de l'éloignement de la préfecture de l'Essonne. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-091 du 17 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 057 du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme G E, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C J, dont les éléments sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 17 juillet 2023, signé par M. C J, qu'il a été interrogé par les services de police et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il n'a pas été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, M. C J, qui a d'ailleurs fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement entre 2017 et 2022, et qui ne conteste pas être en situation irrégulière ainsi que cela ressort du procès-verbal précité, n'établit pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C J est parent de deux enfants, nés respectivement le 5 janvier 2011 de son union avec Mme A I, et le 15 novembre 2020 de son union avec Mme B F, lequel est de nationalité française. Il ressort également de ces pièces et notamment du procès-verbal établi le 17 juillet 2023 par les services de police que M. C J a déclaré que son enfant aîné était placé en famille en accueil et que son enfant cadet vivait chez sa mère. Interrogé sur ce point au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 septembre 2023, M. C a confirmé qu'il n'entretenait que peu de relations avec son enfant cadet mais a précisé qu'il voyait régulièrement son enfant ainé, qui est placé auprès de l'aide sociale à l'enfance dans le département de l'Eure depuis plusieurs années. En outre, si M. C J verse au dossier différentes pièces, telles qu'une attestation du service éducatif du département de l'Eure du 14 août 2023, celles-ci ne permettent toutefois pas d'établir que l'intéressé contribue à l'éducation et à l'entretien de son enfant ainé, bien qu'il ressorte de ces pièces, ainsi que l'a déclaré le requérant, qu'il n'a pas rompu tout lien avec cet enfant. Par ailleurs, s'il ressort également des pièces du dossier que le requérant est tombé du septième étage d'un immeuble en 2018, à la suite d'une défénestration avec la mère de son premier enfant, laquelle est décédée des suites de cette chute, M. C J n'établit pas que le défaut du traitement médical que nécessite son état de santé pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, au surplus, qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné les 13 juin et 20 novembre 2018 par le tribunal correctionnel d'Evreux à six mois d'emprisonnement avec sursis pour " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et usage illicite de stupéfiants ", et à 1 000 euros d'amende pour " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, conduite d'un véhicule sans permis et conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ". M. C J s'est également soustrait à trois précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre, respectivement par le préfet de l'Essonne les 11 mai 2020 et 11 juillet 2022 et par le préfet de l'Aisne le 25 septembre 2017. Dans ces conditions, et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En cinquième lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de que le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors que M. C J est parent d'un enfant français doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ne ressort ni des visas ni des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne aurait fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le risque pour l'ordre public présenté par le requérant. En outre, le préfet de l'Essonne indique dans son mémoire en défense s'être fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger M. C J à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire

14. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour prononcer à l'encontre de M. C J une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années, le préfet de l'Essonne a tenu compte de sa durée de présence en France, de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de ce qu'il avait fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et de ce qu'il constituait une menace à l'ordre public, notamment eu égard aux circonstances indiquées au point 9 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne ne se serait pas fondé sur les quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D C J tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 17 juillet 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C J et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. H La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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