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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306090

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306090

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAARPI MAMOUDY RAMALHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, M. E B, représenté par Me Lebon Mamoudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour au titre des articles L. 424-9 et L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté ait reçu une délégation régulière et que celle-ci ait été publiée ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et il n'a pas été précédé d'un examen sérieux ;

- en s'estimant tenu par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA, le préfet a commis une erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

La requête a été communiquée au préfet de Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé des pièces enregistrées le 3 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2023 :

- le rapport de M. Brumeaux ;

- les observations de Me Wallois substituant Me Mamoudy, avocate, représentant M. B. Elle conclut aux mêmes fins que la requête. Sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, notamment sur la durée de sa présence en France. Pour cette raison l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Il entretient une relation mais il ne partage pas le domicile de sa compagne. Il travaille mais il ne désire pas produire de preuves de cette activité professionnelle illicite pour ne pas porter préjudice à son employeur. Il encourt toujours des risques de persécutions en Côte d'Ivoire, comme l'attestent les messages qui lui ont été envoyés très récemment.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant ivoirien, né le 28 juin 1982, est entré sur le territoire français le 1er juin 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 novembre 2021, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 avril 2022. L'OFPRA a également rejeté la demande de réexamen de M. B par une décision en date du 30 septembre 2022, confirmée par la CNDA le 15 février 2023. Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité externe :

2.En premier lieu, par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines du même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. C D, directeur des migrations, pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté, qui précise que M. B est entré en France le 1er juin 2018, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Enfin, il souligne que le requérant est célibataire et sans enfant et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. B. Dès lors les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et de l'absence d'examen sérieux de la situation du requérant ne peuvent être que rejetés.

Sur la légalité interne :

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

5. La demande de protection internationale présentée par le requérant a été définitivement rejetée, comme il a été dit au point 1. Si M. B soutient qu'il serait exposé à des risques de persécution en cas de retour en Côte d'Ivoire, ses allégations ne sont toutefois corroborées par aucune pièce du dossier, à l'exception d'un message WhatsApp du 24 août 2023 dénué de toute valeur probante. Par suite le préfet des Yvelines n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision d'éloignement contestée.

6. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police n'aurait pas porté sa propre appréciation sur la situation du requérant avant de prendre les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté serait entaché d'une erreur de droit au motif que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée du fait des décisions susmentionnées de l'OFPRA et de la CNDA.

7. Enfin il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. S'il fait désormais valoir avoir noué une relation sentimentale sans toutefois une vie commune et exercer une activité professionnelle, ses allégations ne sont toutefois corroborées par aucune pièce du dossier. Par suite le préfet des Yvelines n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Si M. B produit un message WhatsApp du 24 août 2023 comportant des menaces à son encontre, l'absence de valeur probante de ce document ne remet pas en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation par l'OFPRA et la CNDA auprès desquels il a déjà pu faire valoir ses arguments. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision fixant le pays de destination et la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2023 du préfet des Yvelines doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de Yvelines

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. Brumeaux Le greffier,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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