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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306156

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306156

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. E C, représenté par Me Maio, demande au tribunal :

1°) de lui désigner un avocat commis d'office et un interprète en langue arabe ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

L'ensemble des décisions :

- est entaché d'incompétence ;

- n'est pas motivé ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il a été contraint de fuir son pays par crainte pour sa vie et son intégrité physique ; il exerce une activité salariée en France où il dispose d'un CDD de six mois renouvelé une fois en vertu duquel il perçoit un salaire de 1 300 euros par mois ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale par voie d'exception ;

-méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

-est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. G pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Maio, représentant M. C,

- et les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant libyen né le 8 mars 2001, déclare être entré en France au cours de l'année 2021. Interpellé le 25 juillet 2023, il a été placé en rétention au centre de rétention administrative de Plaisir par arrêté du même jour. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

2. En premier lieu, l'arrêté du 20 juin 2023 a été signé par M. B F, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui a reçu, par un arrêté n°2023-039 du 25 mai 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le 30 mai 2023, une délégation à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-1 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté, en relevant notamment que ce-dernier ne justifie pas de fortes attaches sur le territoire français. Dès lors, l'arrêté litigieux qui précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, interpellé le 25 juillet 2023, a été entendu par les services de police qui l'ont informé de l'éventualité d'une mesure d'éloignement, à laquelle l'intéressé a déclaré avoir l'intention de se conformer en se rendant en Belgique, et qu'il a également visé le même jour, à 17h20, sans formuler d'observation un document par lequel le préfet l'a informé de la faculté dont il disposait de se faire assister par le conseil de son choix et l'a invité à présenter toute observation pertinente sur l'éventuelle exécution forcée de la mesure d'éloignement prononcé à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France sans visa au cours de l'année 2021, s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour et qu'il s'est précédemment soustrait à l'exécution d'une première mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine le 9 août 2022. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a été interpellé le 25 juillet 2023 pour des faits de violence aggravée et de menace de crime contre des personnes. S'il se prévaut d'une activité salariée exercée sous couvert d'un CDD, cette activité est toutefois récente et ne permet pas de justifier de liens d'une particulière intensité qu'il aurait noués sur le territoire. Il n'est pas contesté, par ailleurs, que M. C est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, obligé M. C à quitter le territoire français.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

8. En cinquième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. C indique craindre pour " sa vie et son intégrité physique " en cas de retour dans son pays d'origine, la Libye, il ne démontre toutefois pas être personnellement exposé au risque d'y subir des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations et des dispositions précitées et le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. En l'espèce, il ressort des énonciations de l'arrêté litigieux que, pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour pour une durée de deux ans, le préfet s'est fondé, notamment, sur la circonstance que le comportement de celui-ci constituait une menace pour l'ordre public et qu'il ne s'était pas conformé à une précédente mesure d'éloignement. Il a relevé également l'absence de lien d'une particulière intensité sur le territoire et tenu compte de l'entrée récente de M. C en France. La décision contestée n'apparaît ainsi nullement disproportionnée au regard des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 et ce moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2023 du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 2 août 2023

Le magistrat désigné,

Signé

G. G

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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