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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306160

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306160

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMAIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 juillet et 24 août 2023, M. F C, représenté par Me Tordo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer ses deux passeports, de procéder à l'examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, car il a respecté scrupuleusement la limite de trois mois de séjour sur le territoire français ;

- il devait bénéficier d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du CESEDA ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est formulée de manière ambigüe ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme G, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendue au cours de l'audience publique du 6 septembre2023, qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de Mme G,

- les observations de Me Ribet, avocat, substituant Me Tordo, représentant les intérêts de M. C, présent, qui reprend ses écritures et qui ajoute qu'il est entré en France le 29 juillet 2020 pour accompagner son fils, recruté par le club de football PSG comme footballeur jeune talent, qu'il est donc entré régulièrement sans visa, en sa qualité de ressortissant canadien, qu'il a présenté en juin 2022 une demande de titre de séjour vie privée et familiale, demande restée aujourd'hui sans réponse, qu'il a été placé en garde à vue le 21 juillet 2023 en raison d'un différend conjugal avec son épouse, que l'arrêté a été signé par une personne incompétente, qu'il est entaché d'une erreur de droit, car en tant que ressortissant canadien, il peut demeurer trois mois sur le territoire français, qu'il établit par la production de son passeport canadien ses entrées et sorties du territoire français, que l'administration a porté une appréciation erronée sur sa situation, que la motivation de l'arrêté est stéréotypée, qu'il n'est pas SDF, qu'il n'a occasionné aucun trouble à l'ordre public, qu'il est entrepreneur en France en tant que rapporteur d'affaires pour des centres de formation, qu'il est venu en France avec sa femme et son enfant, que l'article 8 de la CEDH a été méconnu ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français le 29 juillet 2020 selon ses déclarations, M. F C, né le 1er juillet 1972 à Seddouk (Algérie) demande l'annulation de l'arrêté en date du 22 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA du 26 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. B E, directeur de cabinet du préfet de l'Essonne, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. F C ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi et pour lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de de M. F C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / ()".

5. M. C est entré en France, selon ses déclarations, le 29 juillet 2020 et s'y est maintenu à l'expiration d'un délai de trois mois sans être titulaire d'un titre de séjour, la circonstance qu'il aurait effectué depuis cette date plusieurs déplacements entre la France et le Canada étant sans incidence sur la détermination de sa date d'entrée en France. Si, pour contester l'irrégularité de sa situation administrative, il fait valoir qu'il a présenté une demande de rendez-vous en vue d'une admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture, datée du 7 juin 2022, puis adressé une lettre en date du 7 juin 2022 au préfet de l'Essonne, il n'établit pas avoir effectivement adressé ces document et lettre, par la production, notamment d'un accusé de réception, alors que le préfet indique dans son arrêté qu'aucun élément relatif à des démarches administratives auprès des services de la préfecture ne ressort du fichier national des étrangers.

M. C entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et M. C ne peut utilement invoquer la circonstance qu'il aurait droit à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. C, entré récemment en France, où l'a rejoint son épouse, de même nationalité algérienne que lui, et également en situation irrégulière, s'y est maintenu de manière irrégulière. Par ailleurs, il ne justifie pas de ses conditions d'insertion sociale ou professionnelle au sein de la société française et il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il serait isolé en cas de retour dans l'un des deux pays, l'Algérie et le Canada, dont il possède la nationalité. Dans ces conditions, en obligeant M. C à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

9. La décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le seul moyen invoqué par le requérant à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, tiré de l'exception d'illégalité de la première décision ne peut qu'être écarté. En outre, compte tenu des différentes adresses de M. C, à Poissy chez M. A D, à Argenteuil - adresse figurant sur sa déclaration à l'URSSAF en date du 27 juin 2023 -, ou à Corbeil-Essonnes, lieu du différend conjugal ayant donné lieu à son interpellation le 21 juillet 2023, il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi :

10. Contrairement à ce que soutient le requérant, en indiquant qu'en cas d'inexécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'intéressé sera reconduit à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel il est légalement admissible, le préfet n'a entaché sa décision d'aucune ambigüité. Par ailleurs, la décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. En prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, la décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

13. M. C, qui n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation de l'information qui l'accompagne relative à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 22 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

Ch. G La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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