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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306210

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306210

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juillet 2023, le 31 juillet 2023 et le 3 août 2023, M. E A, actuellement retenu au centre de rétention de Palaiseau, représenté par Me Suchy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour un durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

Les décisions contenues dans l'arrêté :

- ne sont pas motivées ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- en faisant peser sur lui la preuve des circonstances relatives à sa situation familiale dont il s'est prévalu au cours de sa garde à vue, le préfet, qui était en mesure de vérifier les faits allégués, a méconnu l'étendue de sa compétence ;

-méconnaît les dispositions des articles L. 251-1, L. 251-2, L. 234-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ressortissant communautaire résidant de manière ininterrompue sur le territoire depuis plus de cinq ans, il bénéficie d'un droit au séjour permanent et ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire ni d'une interdiction de retour ;

-à supposer même qu'il ne dispose pas d'un droit permanent au séjour, le préfet ne pouvait l'éloigner sans démontrer l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt supérieur de la société ; n'ayant fait l'objet que d'une condamnation pénale pour conduite sans permis et contestant fermement les faits pour lesquels il a été interpellé le 27 juillet 2023, son comportement ne constitue pas une telle menace ;

-cette décision est contraire au principe de proportionnalité ;

La décision fixant le pays de renvoi :

-est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui en constitue le fondement ;

-porte atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui en constitue le fondement ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; aucune urgence n'impose son éloignement sans délai alors qu'il est un ressortissant communautaire ;

La décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

-est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire qui en constitue le fondement ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est marié avec une ressortissante moldave avec laquelle il a trois enfants ; il n'a été ni poursuivi ni condamné pour les faits sur lesquels le préfet s'est appuyé pour considérer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 1er août 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I,

- les observations de Me Suchy, représentant M. A.

- et les observations de M. A, assisté de M. B interprète en langue moldave,

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant roumain né le 16 novembre 1976 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour un durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. D'une part, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-084 du 2 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme G C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. D'autre part, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné par les forces de police de la circonscription d'Evry-Courcouronnes le 26 juillet 2023, audition au cours de laquelle ont été recueilli un ensemble d'informations relatives à sa situation personnelle, familiale et professionnelle, dont il ne conteste pas l'exactitude ni l'exhaustivité. Si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, il n'établit toutefois pas, en se bornant à une contestation d'ordre général et en ne se référant à aucune circonstance particulière, avoir été privé de la possibilité de formuler des observations et de communiquer à l'autorité administrative tous les éléments susceptibles d'influer sur le contenu de la décision.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas exercé entièrement son propre pouvoir d'appréciation avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français. A cet égard, ni les dispositions du V de articles l'article L 114-1 code de la sécurité intérieure ni celle des articles L. 811-3 et L. 811-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoquées par le requérant, ne font obligation au préfet de procéder lui-même à la vérification des allégations d'un ressortissant étranger relatives à sa situation personnelle et familiale, y compris lorsque ce-dernier se trouve en garde à vue à la date à laquelle il prend la décision litigieuse. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence négative dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".

9. Les dispositions citées au point précédent doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

10. Par ailleurs, la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres détermine les conditions dans lesquelles ceux-ci peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union européenne ou d'un membre de sa famille. L'article 27 de cette directive prévoit que, de manière générale, cette liberté peut être restreinte pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique, sans que ces raisons puissent être invoquées à des fins économiques. Ce même article prévoit que les mesures prises à ce titre doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées sur le comportement personnel de l'individu concerné, lequel doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. L'article 28 de la directive impose la prise en compte de la situation individuelle de la personne en cause avant toute mesure d'éloignement, notamment de la durée de son séjour, de son âge, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.

11. En l'espèce, d'une part, si M. A se prévaut d'un droit au séjour permanent sur le fondement de l'article L. 234-1 précité, il n'établit pas, par les pièces produites, avoir résidé en France de manière ininterrompue pendant cinq années à la date de la décision litigieuse.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé, le 27 juin 2023 pour des faits de violences sur son ex-épouse en présence d'un mineur. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un signalement pour des faits identiques le 26 mars 2023 ainsi que pour des faits de conduite sans permis en février 2022. S'il fait valoir qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation définitive à la suite de la dernière interpellation dont il a fait l'objet, les faits qui lui sont reprochés, qui ont justifié l'ouverture de poursuites pénales, permettent en outre, par leur caractère récent, répété, et par leur gravité, de considérer que la présence en France de M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.

13. Il suit de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 et du caractère disproportionné de la mesure ne sont pas fondés et doivent être écarté.

14. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et qu'il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence.

16. D'autre part, si M. A soutient que la décision fixant le pays de renvoi porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier qu'il est divorcé de Mme J D, depuis le 25 novembre 2022. S'il n'est pas contesté que M. A a, avec Mme D, trois enfants dont il soutient, sans l'établir, que le dernier est de nationalité française, son ex-épouse a indiqué au cours de son audition résider avec M. A seulement dans l'attente de la vente de leur domicile. Dans ces conditions, il n'établit pas, par les pièces produites et au regard des éléments rappelés au point 12 de la présente décision, participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs. Il ne conteste pas, par ailleurs, disposer en Roumanie d'attaches personnelles et familiales. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

17. Ainsi qu'il a été indiqué au point 14 de la présente décision, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision fixant lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale par voie de conséquence.

18. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

19. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 12 de la présente décision, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il y avait urgence à éloigner M. H F du territoire national et le priver du délai de départ volontaire. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.

21. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

22. La décision d'interdiction de circuler sur le territoire français est fondée sur le comportement de M. A, qui, ainsi qu'il a été dit, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 27 juillet 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 4 août 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. I

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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