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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306387

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306387

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, Mme A, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé à trente jours le délai de départ volontaire ainsi que le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble de la décision attaquée :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente.

Sur la décision de refus du titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a omis de prendre en compte sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions susvisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 1e r août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deharo, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 2001, est entrée sur le territoire français le 15 septembre 2019 munie d'un visa D valable du 10 septembre 2019 au 10 septembre 2020, puis s'est vue délivrer un titre de séjour " étudiant " le 11 février 2021 régulièrement renouvelé jusqu'au 7 mars 2023. Le 1er février 2023, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995. Par un arrêté du 5 juillet 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. L'arrêté attaqué a été signé par M. C D, directeur des migrations à la préfecture des Yvelines, qui, par un arrêté n° 78-2023-18 du 31 mai 2023 publié le jour même au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Yvelines, a reçu délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part que l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, en particulier la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 1er août 1995, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A en faisant, en particulier, mention des circonstances relatives à sa situation d'étudiante. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de titre séjour contestée et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ".

8. L'arrêté préfectoral attaqué trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-sénégalais qui, contrairement à ce que soutient la requérante, impliquent également pour l'administration de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressée peut être raisonnablement regardée comme poursuivant effectivement ses études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite au titre de l'année universitaire 2019-2020 à l'université Paris Nanterre en 1ère année de licence de droit à l'issue de laquelle elle a été ajournée. Mme A déclare s'être réinscrite en première année de licence de droit au cours des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 sans qu'elle ne verse au dossier de relevés de notes attestant de ses résultats universitaires. Elle s'est réinscrite pour le même cursus en 2022-2023 à l'issue duquel elle a été déclarée ajournée avec une moyenne de 3,742 sur 20. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas pu totalement s'investir dans ces études en raison de la mise en place des enseignements en distanciel en raison de la pandémie du Covid 19, l'obligeant à suivre les cours sur son téléphone portable faute de disposer d'un ordinateur, qu'elle a dû garder sa jeune nièce, afin de permettre à sa sœur de travailler, et qu'elle-même exerce une activité professionnelle régulière en restauration rapide, ces circonstances ne suffisent pas à justifier ces ajournements qui au vu des pièces produites pour les années 2019-2020 et 2022-2023, résultent principalement d'absences aux examens. Par ailleurs, si deux enseignants attestent le 23 février 2022 et le 1er février 2023 de son implication et de son assiduité à leurs cours, ces attestations ne sauraient à elles seules caractériser le caractère réel et sérieux de ses études qui au demeurant sont dénuées de toute progression. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas fait une inexacte appréciation de la réalité et du sérieux des études de Mme A en refusant de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies, elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre du refus de renouveler ce titre de séjour.

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante doit être écarté comme inopérant.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants: () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). "

15. Si Mme A soutient qu'elle a entrepris de changer de filière universitaire et indique avoir surmonté ses difficultés pour arriver au terme de son cursus et réaliser son objectif, elle ne verse pas au dossier de pièces au soutien de ses allégations d'autant et ainsi qu'il est dit au point 9, qu'elle ne démontre pas suivre ses études de manière réelle et sérieuse. Par ailleurs, si la requérante, entrée en France en 2019, célibataire et sans enfant à charge, fait valoir qu'elle travaille et que deux de ses sœurs, ses nièces et neveux dont elle s'occupe sont présents sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent encore sa mère ainsi que trois de ses frères et sœurs et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de l'intéressée.

Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

18. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'établit ni même n'allègue avoir sollicité un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en se prévalant de circonstances propres à sa situation. Dès lors que le délai de trente jours a été accordé par le préfet, dont il n'est pas établi qu'il n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de la requérante, et en l'absence de toute demande de délai supplémentaire de la part de l'étranger, il n'était pas tenu de motiver sa décision sur ce point. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de motivation de la fixation d'un délai de trente jours manque en fait et doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des circonstances énoncées au point 15 que le préfet des Yvelines en n'accordant pas à l'intéressé un délai supérieur à trente jours, ainsi que les dispositions précitées le permettent à titre exceptionnel, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par Mme A tiré de l'exception d'illégalité des décisions susmentionnées.

21. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour fixer le pays de destination. Il en résulte qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 5 juillet 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Mathou, première conseillère,

M. Deharo, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. Deharo

La présidente,

signé

C.Rollet-PerraudLa greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2306387

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