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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306388

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306388

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. A B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, les décisions du 5 juillet 2023 par lesquelles le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, et à titre subsidiaire d'annuler la seule décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jours de retard, et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant l'admission au séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit en rejetant sa demande au motif qu'il a utilisé un faux titre de séjour pour son embauche ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'exerçant pas son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deharo, premier conseiller a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité marocaine, né en 1990, déclare être entré sur le territoire français en 2014 muni d'un visa court séjour valable du 27 janvier 2014 au 12 mars 2014 délivré par les autorités espagnoles. Le 9 novembre 2022, il a sollicité l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article 3 de l'accord franco marocain du 9 octobre 1987. M. B demande l'annulation des décisions du 5 juillet 2023 par lesquelles le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant l'admission au séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention salarié, travailleur temporaire ou vie privée et familiale, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code précité : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de Seine-Saint-Denis le 18 septembre 2018 et le 13 juin 2019 auxquels il ne s'est pas conformé, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention salarié au regard des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Le préfet a rejeté la demande de l'intéressé présentée sur ce fondement aux motifs, non contestés, qu'il n'était pas en possession d'un visa de long séjour à son entrée en France et qu'il n'a pas présenté un contrat de travail visé par les autorités compétentes

5. Il ressort également des pièces du dossier que M. B réside en France, de manière continue, depuis 2014. Il ressort, par ailleurs, des bulletins de salaire versés au dossier que M. B occupe un emploi de vendeur en contrat à durée indéterminée depuis le mois de mai 2021. Toutefois, s'il démontre une volonté d'intégration professionnelle, la circonstance que M. B justifie d'une présence sur le territoire français de plus de neuf ans et d'un emploi stable depuis plus de deux années, ne suffit pas à établir qu'en refusant d'admettre exceptionnellement au séjour M. B, qui ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère règlementaire, de la circulaire du 28 novembre 2012, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

6. Par ailleurs, si le préfet des Yvelines a également relevé dans sa décision que M. B s'était prévalu d'un faux titre de séjour, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'il ne s'est pas fondé exclusivement sur cette circonstance. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas pris en considération les années de travail effectuées par l'intéressé sous couvert de ce faux titre. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreurs de droit.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que s'il fait état de l'ancienneté de sa présence en France et de celle d'un frère et d'une sœur, M. B, célibataire et sans charge de famille, ne conteste pas les indications de l'arrêté selon lesquelles il n'est pas dépourvu d'attaches familiales à savoir que ses parents et ses deux sœurs résident au Maroc où il y a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. En outre, ainsi qu'il a été dit plus haut, son insertion professionnelle est récente. Dès lors, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré du non-respect des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant refus du titre de séjour, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de décisions du 5 juillet 2023 par lesquelles le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Mathou, première conseillère,

M. Deharo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. Deharo

La présidente,

signé

C.Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2306388

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