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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306410

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306410

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantAZOULAY-CADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. B A, représenté par Me Azoulay-Cadoch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte journalière de 200 euros à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, ou à défaut un récépissé avec autorisation de travail, dans les 15 jours de la signification du jugement à intervenir, et de le convoquer à un rendez-vous en vue de la remise d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un récépissé, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 31ème jour suivant la notification du jugement ;

4°) ou à défaut, qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, et de le convoquer à un rendez-vous en vue de la remise d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un récépissé, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 31ème jour suivant la notification du jugement, et de le munir d'un récépissé ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ; à supposer que le signataire ait bien reçu délégation, il n'est pas mentionné sur l'arrêté que le préfet des Yvelines aurait été absent ou empêché ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les dispositions des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'utilisation par le préfet de son pouvoir discrétionnaire ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il entre dans les critères de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 ;

- la circonstance qu'il ait travaillé avec une fausse carte d'identité ne peut faire obstacle à la prise en compte de son insertion professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathou ;

- les observations de Me Potier, substituant Me Azoulay-Cadoch, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français le 15 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, M. A, né en 1985, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas été empêché pour signer l'acte attaqué. En outre, aucune disposition n'impose la mention sur la décision litigieuse de l'absence ou de l'empêchement du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont le requérant doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. En l'espèce, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle, notamment professionnelle et familiale, de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance à l'intéressé du titre sollicité et l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En troisième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi () un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. (). Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis (lettres a à d), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Il résulte de la combinaison des stipulations précitées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien modifié que la délivrance aux ressortissants algériens d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi.

6. Si M. A, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, soutient que le préfet a méconnu les stipulations précitées, il est constant qu'il n'a pas présenté de visa de long séjour, ni de contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi. Par suite, c'est à bon droit que le préfet lui a opposé l'absence de production de ces documents pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit donc être écarté, de même, en tout état de cause, que celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 bis de cet accord.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 7 b) de l'accord franco-algérien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant algérien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-algérien.

8. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des nombreuses pièces produites par l'intéressé, telles que des documents relatifs à l'aide médicale d'Etat, diverses factures et avis d'imposition, que M. A est présent sur le territoire français depuis l'année 2014, soit neuf années à la date de la décision litigieuse. Il est locataire de son propre logement et démontre son insertion par le travail. Pour solliciter son admission au séjour, M. A s'est prévalu de son activité professionnelle et a produit 74 bulletins de salaire, relatifs à son activité pour le mois d'octobre 2014, puis pour la période de juillet 2016 à juin 2023. Toutefois, cette activité professionnelle a été exercée, sur l'ensemble de la période, à temps partiel, pour un salaire moyen équivalent à la moitié du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Il ressort notamment des pièces produites par le préfet que l'intéressé a présenté un contrat à durée indéterminée à temps partiel, en qualité de coiffeur, conclu le 9 mai 2019 avec la société Amwa Coiffure, pour un salaire mensuel brut de 862,58 euros, et une demande d'autorisation de travail en date du 7 juin 2022. Par suite, cette expérience professionnelle, obtenue au demeurant grâce à l'utilisation d'une fausse carte d'identité, est insuffisante pour établir le caractère exceptionnel du motif de sa régularisation par le travail. Le préfet n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande d'admission au séjour de M. A. La circonstance que le requérant remplirait les critères de régularisation prévus par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dont les orientations générales, adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en oeuvre de leur pouvoir de régularisation, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'un refus d'admission exceptionnelle au séjour, est sans incidence sur cette appréciation.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, en dépit de la durée de sa présence en France et de son insertion professionnelle telle qu'évoquée au point 9, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Mathou

La présidente,

signé

C. Rollet-PerraudLa greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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