vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2306459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | NGAFAOUNAIN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2306459 enregistrée le 5 août 2023, Mme B D E, représentée par Me Ngafaounain, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet a implicitement refusé sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, à défaut d'examiner sa demande de carte de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, le préfet des Yvelines conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la décision implicite attaquée a été remplacée par une décision de refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français prise le 16 août 2023.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.
II Par une requête n°2307943 et un mémoire enregistrés les 22 septembre et 26 novembre 2023, Mme B D E, représentée par Me Ngafaounian, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, à défaut d'examiner sa demande de carte de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont également illégales.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère ;
- et les observations de Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D E, ressortissante congolaise née le 19 mai 1974, est entrée en France en décembre 2015 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de l'immigration et de l'intégration le 10 mars 2016 ainsi que par la cour nationale du droit d'asile le 14 septembre 2017. Elle a sollicité, le 15 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour. En l'absence de réponse du préfet des Yvelines ainsi saisi, elle a sollicité, par la requête n°2306459, l'annulation du refus implicite lui ayant été opposé. Le 8 juin suivant, elle a demandé les motifs de cette décision, sans que le préfet ne lui réponde. Puis, par un arrêté du 16 août 2023, dont elle demande également l'annulation par la requête n°2307943, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours.
Sur la jonction :
2. Les deux requêtes susvisées émanent de la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et d'y répondre par un seul jugement.
Sur l'objet du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
4. En l'espèce, le préfet des Yvelines a statué sur la demande de la requérante, par une décision du 16 août 2023, qui doit être regardée comme s'étant substituée à la décision implicite de rejet initialement attaquée. Par suite, les conclusions de la requête n° 2306459 dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet Yvelines sur la demande de titre de séjour de Mme E doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 16 août 2023. Dès lors, d'une part, le préfet n'est pas fondé à opposer un non-lieu à statuer. D'autre part, ainsi que cela a été précisé au point précédent, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision implicite initialement attaquée serait insuffisamment motivée.
Sur les conclusions en annulation :
5. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-05-31-00005 du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines n° 78-2023-128 du même jour, Mme A C, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". En outre, selon l'article R. 423-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. Par ailleurs, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. Mme E fait valoir qu'elle séjourne en France depuis 2015 et qu'elle y a établi le centre de ses intérêts. Elle se prévaut également de sa relation, en concubinage, avec un ressortissant français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette vie commune, avec son compagnon, est récente dès lors qu'elle déclare l'adresse de ce dernier en tant que domicile depuis 2020 uniquement. Il ressort en effet des justificatifs produits qu'elle était préalablement logée grâce à l'aide d'associations notamment à Limay (78) ou brièvement dans le Centre (45) près d'Orléans. En outre, elle n'établit pas entretenir des liens intenses et durables sur le territoire par la seule production d'attestations de sa sœur et de son beau-frère, ni y être insérée sur le plan social ou amical. Par ailleurs, elle ne justifie pas de l'existence de ressources propres et est bénéficiaire de l'aide médicale d'Etat. Enfin, il ressort des éléments produits que sa mère, au moins, réside dans son pays d'origine où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. Compte tenu de ces éléments, et au regard des critères fixés par l'article R. 423-5 précité, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaquée serait entaché d'une erreur d'appréciation ni qu'il méconnait les stipulations de l'article 8.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Yvelines doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les autres conclusions :
11. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D E et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- M. Maitre, premier conseiller,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
signé
M. Geismar
Le président,
signé
C. GosselinLa greffière,
signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2306459-2307943
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026