lundi 28 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2306601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL VERPONT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, la société Cellnex France, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté du maire de Chatou du 7 avril 2023 portant opposition à déclaration préalable de la société déposée en vue de l'installation d'un site de radiotéléphonie mobile sur le toit d'un immeuble situé 57/59 rue du général Leclerc à Chatou ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Chatou de prendre un arrêté provisoire de non opposition à la déclaration préalable de la société pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur le toit d'un immeuble situé 57/59 rue du général Leclerc à Chatou dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Chatou le versement d'une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et aux intérêts propres des sociétés Cellnex France et Orange qui sont toutes deux soumises à des engagements ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; les motifs opposés au projet relatifs à la méconnaissance de la règle de hauteur (UV 10) et à la méconnaissance de la règle de l'insertion dans l'environnement (UV 11) sont entachés d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, la commune de Chatou, représentée par son maire en exercice, ayant pour avocat Me Lalanne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Cellnex France le versement de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la situation d'urgence n'est pas démontrée dès lors que la société Cellnex France ne justifie pas de son lien avec la société Orange ; la société Cellnex France ne justifie pas de ses difficultés financières ; le milieu urbain en cause est déjà largement couvert ; l'insuffisance de la couverture existante n'est pas justifiée ; en saisissant tardivement le juge des référés la société s'est elle-même placée dans une situation d'urgence ;
- il n'existe aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; l'article 10 du règlement de zone a bien été méconnu dès lors qu'aucun des éléments projetés ne saurait être mis à l'écart pour déterminer la hauteur de l'ouvrage et que, contrairement à ce que soutient la société, les ouvrages projetés constituent bien des constructions ; l'article 11 du règlement de zone a également été méconnu eu égard au caractère des lieux avoisinants et l'atteinte qu'y porterait le projet à raison de ses dimensions, sa hauteur, son encombrement, son aspect et son impact dans l'environnement ;
Par un mémoire en réplique, enregistré le 25 août 2023 à 9h59, la société Cellnex France, représentée par Me Bon-Julien, maintient ses conclusions.
Elle fait valoir :
- s'agissant de l'urgence elle agit en son nom et pour son compte en tant que pétitionnaire et futur propriétaire des installations ; elle peut se prévaloir à juste titre de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile ainsi que des obligations de couverture pesant sur l'opérateur ; par ailleurs la proximité d'autres antennes-relais est indifférente ; enfin la circonstance que la société requérante ait introduit la requête en référé quatre mois après la notification de la décision en litige n'est pas de nature à minorer ses intérêts et à considérer que la condition de l'urgence n'est pas remplie ;
- s'agissant du doute sérieux, les antennes constituent bien des édicules techniques exclus du calcul de la hauteur ; il est de jurisprudence constante qu'une antenne-relais ne constitue pas une construction mais une installation technique au sens du lexique national d'urbanisme ; le secteur est caractérisé par la présence de nombreux arbres de hautes tiges qui constituent un écran végétal qui occultera en grande partie le projet ; le projet se situe en outre à proximité d'immeubles de même envergure ; le choix d'intégrer les nouvelles antennes dans de fausses cheminées qui reprennent les formes et les couleurs des cheminées du quartier permet d'en limiter l'impact visuel.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2304712 par laquelle la société requérante demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 août 2023 à 10h30, en présence de
M. Rossini, greffier d'audience, M. Ouardes a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Le Rouge de Guerdavid, substituant Me Bon-Julien, représentant la société Cellnex France, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyes qu'elle précise ;
- les observations de Me Lienard-Léandri, substituant Me Lalanne, représentant la commune de Chatou, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens qu'elle précise ; elle formule des observations au mémoire en réplique déposé par la société à 9h59 dont elle a eu connaissance avant l'audience ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h55.
Considérant ce qui ce qui suit :
1. Par arrêté du 7 avril 2023, le maire de Chatou a fait opposition à la déclaration préalable présentée par la société Cellnex France en vue de l'installation d'un site de radiotéléphonie mobile sur le toit d'un immeuble situé 57/59 rue du général Leclerc à Chatou.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce la société requérante, en tant que pétitionnaire et cocontractant d'Organe, justifie tant d'un intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de radiotéléphonie mobile ainsi que des obligations posées par l'Arcep. Elle justifie également d'un intérêt propre distinct de celui d'Orange. Il ressort des pièces du dossier que ce projet consiste à améliorer cette couverture, laquelle n'est pas satisfaisante à l'intérieur des bâtiments. Les cartes produites en défense, issues du site internet d'Orange, qui sont des cartes commerciales destinées aux clients de l'opérateur, ne peuvent être regardées comme contredisant celles produites par la société requérante qui démontrent que le projet vise à permettre la couverture d'un territoire à ce jour non couvert par les installations propres d'Orange. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 7 avril 2023 :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué se fonde sur ce que le projet serait illégal en ce qu'il ne respecterait pas les dispositions de l'article UV 10.2 alinéa 2 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois le projet vise à installer 6 antennes-relais qui seront intégrées et dissimulées deux par deux dans 3 fausses cheminées. Ces fausses cheminées, en l'état de l'instruction, doivent être regardées comme des édicules techniques expressément exclus du calcul de la hauteur. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le maire a inexactement appliqué les dispositions en litige, lesquelles excluent expressément pour le calcul des règles de hauteur les " cheminées ", est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
En deuxième lieu, l'arrêté attaqué se fonde sur ce que le projet serait illégal en ce qu'il ne respecterait pas les dispositions de l'article UV 11 du règlement du plan local d'urbanisme eu égard au caractère des lieux avoisinants et l'atteinte qu'y porterait le projet à raison de ses dimensions, sa hauteur, son encombrement, son aspect et son impact dans l'environnement. La commune de Chatou se prévaut de la proximité du Château de la pièce d'eau et de la Villa Lambert pour caractériser l'intérêt des lieux environnants. Toutefois aucune de ces infrastructures ne fait l'objet d'une protection particulière au titre d'une protection patrimoniale, environnementale, historique ou urbanistique. Par ailleurs il n'est pas contesté que le secteur est caractérisé par la présence de nombreux arbres de hautes tiges qui constituent un écran végétal dense qui occultera en grande partie le projet. En ce qui concerne les caractéristiques du projet, il est constant que la dissimulation des antennes-relais de téléphonie mobile dans de fausses cheminées, constitue une modalité d'insertion de nature à atténuer l'impact visuel du projet. La société requérante soutient, sans être utilement contestée, que le projet, par rapport à l'existant, se bornera à augmenter la hauteur, la largeur et la profondeur de seulement 10 centimètres. Enfin il convient de relever que ces fausses cheminées n'apparaissent pas substantiellement différentes de celle des cheminées du quartier, la société requérante s'étant attachée à reprendre les formes et les couleurs de ces cheminées. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le maire a inexactement appliqué les dispositions en litige relatives à l'insertion du projet dans l'environnement, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de l'arrêté du maire de Chatou du 7 avril 2023 doit être suspendue.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. La suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Chatou du 7 avril 2023 implique que ce dernier prenne une nouvelle décision après une nouvelle instruction de la déclaration préalable présentée par la société Cellnex France dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Chatou doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme globale de
1 200 euros au titre des frais exposés par la société Cellnex France et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Chatou du 7 avril 2023 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Chatou de prendre une nouvelle décision après une nouvelle instruction de la déclaration préalable présentée par la société Cellnex France dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Chatou versera à la société Cellnex France la somme globale de
1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête de la société Cellnex France sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Chatou présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Cellnex France et à la commune de Chatou.
Fait à Versailles, le 28 août 2023,
Le juge des référés, Le greffier,
P. Ouardes C. Rossini
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026