jeudi 24 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2306729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2023, M. F D, retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure à défaut d'avoir respecté son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il viole l'article 33 de la convention de Genève et l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a refusé de lui délivrer l'attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour ;
- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors qu'il a déposé une demande d'asile au Pays-Bas, la procédure applicable était donc celle prévu à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Montagnier, avocat commis d'office, représentant M. D, présent, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de M. D qui précise au tribunal que sa demande d'asile a été rejetée en France conduisant à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre le 1er août 2023 ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant algérien né le 10 avril 1985 à Oran en Algérie, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-039 du 5 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 9 mai 2023, Mme B E, sous-préfète, directrice de cabinet du préfet des Hauts-de-Seine, a reçu délégation du préfet des Hauts-de-Seine pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui sur lesquelles il se fonde, permettant à M. D d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées doit être écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation. En particulier, la circonstance que l'arrêté ne fait pas mention du fait que M. D serait " fiancé " à une ressortissante française enceinte avec qui il vivrait en concubinage n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen dès lors qu'il n'est pas établi que le requérant aurait fait part de la grossesse de sa compagne durant son entretien préalable à l'adoption de l'arrêté litigieux et que M. D, qui n'était pas en mesure de préciser sa date de naissance, n'établit par aucune pièce le concubinage et la grossesse allégués.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a été entendu par les services de police le 14 août 2023 préalablement à l'adoption de l'arrêté litigieux. Il ne ressort par ailleurs d'aucune pièce du dossier et il n'est pas même soutenu que M. D aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
7. En l'espèce, si M. D, entré en France en 2019 selon ses déclarations, fait valoir qu'il est en couple avec une ressortissante française et que sa compagne handicapée est enceinte, il ressort des pièces du dossier que le requérant est sans-abris et que la reconnaissance de paternité produite au dossier a été effectuée sur papier-libre postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté et n'est corroborée par aucune pièce médicale. Au regard par ailleurs de la faible ancienneté du requérant sur le territoire et dès lors que celui-ci n'établit par aucune pièce que sa présence auprès de sa compagne handicapée serait indispensable, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.
8. En troisième lieu, si M. D fait valoir que son droit à demander l'asile a été délibérément violé dès lors que le préfet a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour, le requérant a indiqué à l'audience que sa demande d'asile déposée en 2019 avait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et avait conduit l'administration à édicter une première mesure d'éloignement à son encontre le 1er août 2023. Par ailleurs, l'intéressé n'a pas fait état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine lors de son audition préalable, durant laquelle il a déclaré séjourner en France pour des motifs économiques. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ".
10. Il est constant que la demande d'asile de M. D présentée au Pays-Bas a été rejetée par cet Etat-membre et sa demande d'asile déposée en France a également été traitée et rejetée par les autorités françaises. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale au motif qu'il aurait dû faire l'objet d'une procédure de transfert au Pays-Bas pour l'examen de sa demande d'asile sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions reprennent celles de l'ancien article L. 513-2 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
12. Si M. D fait valoir qu'il craint pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Algérie, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée en France et aux Pays-Bas et le requérant, qui indique séjourner en France pour des motifs économiques, ne fait état d'aucun élément de nature à étayer qu'il encourrait des risques personnels et actuels en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la légalité du refus de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
14. Il ressort des pièces du dossier que M. D est sans domicile fixe et ne dispose pas de documents de voyage ou d'identité en cours de validité. Par suite, le préfet pouvait légalement refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire en application des dispositions précitées.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
16. Il ressort des pièces du dossier qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. D et l'intéressé a fait l'objet de quatre signalements depuis le début de l'année 2023 pour vols, violences et violences conjugales. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. D n'établit ni le concubinage dont il se prévaut, ni la grossesse de sa compagne. Enfin, si le requérant fait valoir que ses parents sont décédés et qu'il n'a pas de famille en Algérie, il est constant que M. D n'est présent en France que depuis 2019 et a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 14 août 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Lu en audience publique le 24 août 2023.
La magistrate désignée,
signé
J. C Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026