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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306733

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306733

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 août 2023, enregistrée le 16 août 2023 au greffe du tribunal de Versailles, le magistrat délégué du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal de Versailles, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A C D.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montreuil le 7 août 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 18 août 2023, M. C D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, pendant la durée de cette interdiction ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait le droit à être entendu garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L.435-1 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.612-2 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

-elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L.612-7 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent,

- les observations de Me Sidibé, avocat commis d'office représentant M. C D, assisté de Mme B, interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens,

- et les observations de M. C D,

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C D, ressortissant de la République dominicaine né le 12 novembre 1983, est entré sur le territoire français en 2009, selon ses déclarations. A la suite de son interpellation le 4 août 2023, il a été placé en rétention administrative le 5 août 2023. Par arrêté du même jour dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour un durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département, consentie par l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine n°2023-035 du 1er mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". De plus, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par le préfet des Hauts-de-Seine, autorité d'un Etat membre, est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts.

5. Au cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'il a été auditionné par les services de la circonscription publique d'Asnières-sur-Seine le 5 août 2023, audition au cours de laquelle ont été recueilli un ensemble d'informations relatives à sa situation personnelle, familiale et professionnelle et au cours duquel il a été mis à même de présenter des observations dans la perspective d'une décision d'éloignement. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Au cas d'espèce, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait propres à la situation de l'intéressé qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes de l'article 371-2 du même code : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ".

8. Si le requérant allègue qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française âgé de 12 ans même s'il n'en a pas la garde depuis son divorce prononcé en 2017, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de la nationalité française de l'enfant et de leur lien de filiation ainsi que de sa contribution financière à son entretien et à son éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le requérant ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des articles L.435-1 et L.432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle mentionne l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à la fois dans ses visas et dans ses motifs. Par suite, elle doit être considérée comme suffisant motivée.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français est légale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième lieu, à supposer même que la filiation soit établie avec son enfant, le requérant ne peut invoquer le bénéfice des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, dès lors que la décision n'a ni pour objet ni pour effet, en tant que telle, de le séparer de son enfant.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L.613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont () motivées ".

16. Au cas d'espèce, il ressort de la décision attaquée que sont visés notamment les articles L.612-2 et L.612-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel il convient de substituer l'article L.612-3 3° après demande de substitution de base légale du préfet dans son mémoire en défense, ainsi que les considérations de fait justifiant le refus du préfet d'accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français est légale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

19. Toutefois, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet a méconnu l'article L.612-3 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, et non l'article L.612-3 5° du même code comme mentionné dans ses écritures par erreur de plume, au motif qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes, dès lors que le préfet n'a pas fondé sa décision sur ce motif. En tout état de cause, s'il soutient que, titulaire d'un titre de séjour jusqu'en 2022, il n'est pas parvenu ensuite à obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture, il ne l'établit par aucune pièce. Par suite, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux articles L.613-2 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français est légale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". De plus, aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

24. Au cas d'espèce, si le requérant fait valoir la durée de sa présence en France, la présence de son enfant de nationalité française et son activité professionnelle jusqu'en 2022 de chauffeur poids lourd, ces éléments, non établis, ne permettent pas de justifier de considérations humanitaires au sens des articles précités, de nature à considérer que le préfet a commis une erreur d'appréciation en édictant une telle décision pour une durée d'un an.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 21 août 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. Vincent

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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