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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306780

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306780

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2023, et transmise au tribunal administratif de Versailles par ordonnance du 14 août 2023 du président du tribunal administratif de Paris, M. D C, représenté par Me Trojman demande au tribunal :

1°) de bénéficier de l'assistance d'un avocat au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de 24 mois ;

3°) d'enjoindre le préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code justice administrative, sous réserve que celui-ci renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise par une personne qui ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant l'absence d'examen sérieux de sa situation ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public et est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la CEDH ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente aucune

menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de destination est signée par une personne incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle est dépourvue de toute

considération de fait propre à sa situation ;

- elle méconnait les dispositions des articles 3 et 8 de la CEDH ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale :

- elle est signée par une personne incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle est dépourvue de toute

considération de fait propre à sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la CEDH.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 septembre 2023 :

* le rapport de M. Crandal ;

* les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien, né le 3 janvier 1995, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 juillet 2022, sans être en possession d'un document ou visa exigé par l'article L.311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été interpellé le 3 août 2023 et placé en rétention administrative. Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 4 août 2023 est signé par M. A B qui a reçu délégation de signature du préfet de police en sa qualité d'agent affecté au sein de la délégation à l'immigration par arrêté préfectoral n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen sera écarté.

5. En second lieu, les arrêtés du 4 août 2023 visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi et lui interdire le retour sur le territoire français pendant une période de 24 mois. Ils précisent notamment que M. C, ne peut justifier d'un titre de séjour l'autorisant à se maintenir sur le territoire français, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il est dépourvu de document de voyage, qu'il utilise une fausse pièce d'identité italienne et qu'il a fait objet d'un signalement le 3 août 2023 pour détention et usage de faux documents, que ces faits constituent une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas d'une résidence permanente et effective et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale dès lors qu'il se déclare célibataire sans enfant à charge. L'arrêté faisant interdiction de retour sur le territoire français est motivé par la détention et l'usage de faux documents et par sa situation de famille. Dès lors, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de police le 3 août 2023 préalablement à l'adoption de l'arrêté litigieux. Si M. C soutient que le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, il ne conteste pas que sa situation au regard du droit au séjour est celle des dispositions citées au point 6 et qu'il se soit maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Si M. C soulève encore la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucun élément qui permette de contester la motivation de l'arrêté qui retient qu'il est célibataire, sans enfant à charge. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que M. C s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour comme le retient le préfet de police dans sa motivation, celui-ci était fondé, pour ce seul motif, à prendre la décision faisant obligation de quitter le territoire français à M. C.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes d'une part, de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1°le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ( ) 3°Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes d'autre part de l'article L. 612-3 du code précité : " " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;(.) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 "Eu égard à ce qui a été dit au point 5, le refus d'accorder à M. C un délai de départ volontaire ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du motif d'ordre public sur lequel ce refus est fondé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Le moyen tiré de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision qui permette d'en apprécier le mérite.

Sur la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée de vingt-quatre mois :

10. Ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 9, dès lors que M. C ne justifie d'aucune vie privée et familiale en France, il n'est pas fondé à soulever la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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