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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306818

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306818

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 août 2023 et le 19 septembre 2023, M. A F, représenté par Me Fournier demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a signalé dans le système d'information Schengen.

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre le préfet de l'Essonne à l'effacement des mentions le concernant dans le fichier SIS ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT en application des dispositions de l'article L. 761-1 et R.776-20 du code de justice administrative sous réserve de l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté :

- est pris par une personne qui ne justifie pas de délégation de signature ;

- est entaché d'un défaut de motivation révélant l'absence d'examen sérieux de sa situation ;

- est irrégulier par défaut d'audition personnelle en méconnaissance des dispositions de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'a privé d'une garantie ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ainsi que celle de l'article 3 de la convention internationale du les droits de l'enfant et est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de retour volontaire est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il bénéfice de garanties de représentation ;

- la décision fixant le pays de destination est fondée sur une décision illégale ;

- elle viole les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'une exception d'illégalité ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle viole l'article L.612-16 du CESEDA et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée de son séjour en France et de ses attaches personnelles et familiales ;

- elle constitue une mesure disproportionnée au regard de l'article L.612-10 du CESEDA .

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 septembre 2023 en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

* le rapport de M. Crandal ;

* les observations de Me Fournier représentant M. F, assisté de Mme D, interprète du géorgien. Elle conclut aux mêmes fins que sa requête et fait valoir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'il méconnaît l'article 8 de la CESDH..

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant géorgien, né le 25 février 1996, est entré régulièrement sur le territoire français en janvier 2022 muni d'un passeport assorti d'un visa et s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai d'expiration de ce visa. Par un arrêté du 18 août 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen. M. F demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des attestations de demande d'asile procédure Dublin délivrées à l'intéressé le 10 octobre 2022 et à son épouse Mme C G, le 16 juin 2022, des actes de naissances des enfants E née le 30 septembre 2019 et Data né le 3 octobre 2020, de l'attestation d'élection de domicile délivrée par le Secours catholique de Corbeil-Essonnes en application du décret n°2016-641 du 19 mai 2016, des certificats de scolarité relatifs à sa fille E pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, de l'attestation d'hébergement gratuit des quatre membres de la famille établie par M. B gérant la SCI Normande à Linas ( Essonne ), que M. F justifie de manière probante mener une vie familiale commune avec son épouse et leurs deux enfants dans le département de l'Essonne où la famille est hébergée et où sa fille E est scolarisée. Par conséquent, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. F aurait pour effet, soit d'interrompre brutalement la scolarisation de sa fille en début d'année scolaire sans assurance de sa poursuite effective immédiate et dans des conditions satisfaisantes en Géorgie, soit la séparation des enfants et de leur père pendant une durée de plusieurs mois. Par suite, et nonobstant, d'une part, le maintien de M. F en France après l'arrêté du préfet de l'Essonne du 5 juillet 2022 portant décision de transfert de M. F en Allemagne, et d'autre part, son interpellation du 17 août 2023 à Bondoufle pour des faits de violence aggravée ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours, de refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir un état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la circulation et de conduite de véhicule en état d'ivresse manifeste, la décision faisant obligation à M. F de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 18 août 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a fait obligation à M. F de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé d'accorder à M. F un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an avec mention dans le système d'information Schengen.

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

9. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 18 août 2023 ci-dessus annulée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.

10. M. F a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Fournier, avocate de M. F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fournier d'une somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. F.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a fait obligation à M. F de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec inscription dans le système d'information Schengen est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. F dans le système d'information Schengen.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. F à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fournier, avocate de M. F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Fournier la somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme de 900 euros sera versée à M. F.

Article 6 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 7: Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de l'Essonne et à Me Hannah Fournier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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