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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306836

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306836

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantDANDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 août 2023 et le 5 octobre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Dandan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2023 portant refus d'admission en première année de master " carrières judiciaires et administratives " de l'université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines ;

2°) d'enjoindre à l'université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines de l'admettre en première année de master sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les délibérations portant approbation des capacités d'accueil ainsi que des attendus et critères d'admission en première année de master n'ont pas été publiées de manière adéquate et n'ont pas été transmises au recteur ;

- l'article L. 612-6 alinéa 2 du code de l'éducation a été méconnu dès lors qu'en l'absence de délibérations portant approbation des capacités d'accueil et attendus et critères d'admission régulièrement adoptées et publiées, l'université ne pouvait avoir recours à l'examen des dossiers des candidats ;

- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 6ème alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, l'université de Versailles Saint Quentin en Yvelines conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé et demande, à titre subsidiaire, une substitution de motif dès lors que la décision en litige est également justifiée par un autre motif tenant au niveau insuffisant des connaissances et compétences de la requérante.

Par une ordonnance en date du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Féral, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique ;

- les observations de Me Dandan, représentant Mme B, présente.

- et les observations de M. C, représentant l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 23 juin 2023 portant refus d'admission en première année de master " carrières judiciaires et administratives " de l'université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines.

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 719-7 du code de l'éducation : " Les décisions des présidents des universités et des présidents ou directeurs des autres établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ainsi que les délibérations des conseils entrent en vigueur sans approbation préalable, à l'exception des délibérations relatives aux emprunts, prises de participation et créations de filiales mentionnées à l'article L. 719-5 et sous réserve des dispositions du décret prévu à l'article L. 719-9. Toutefois, les décisions et délibérations qui présentent un caractère réglementaire n'entrent en vigueur qu'après leur transmission au recteur de région académique, chancelier des universités. " Aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. / Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'entrée en vigueur des actes à caractère réglementaire du conseil d'administration d'une université est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité et à leur transmission au recteur de la région académique. En l'absence de dispositions prescrivant une formalité de publicité déterminée, les délibérations ayant un caractère réglementaire d'un établissement public sont opposables aux tiers à compter de la date de leur publication au bulletin officiel de cet établissement ou de celle de leur mise en ligne, dans des conditions garantissant sa fiabilité, sur le site internet de cette personne publique. Toutefois, compte tenu de l'objet des délibérations et des personnes qu'elles peuvent concerner, d'autres modalités sont susceptibles d'assurer une publicité suffisante.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par deux délibérations du 6 décembre 2022, le conseil d'administration de l'université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines a fixé les capacités d'accueil et les modalités de sélection pour l'accès en première année de master au titre de l'année universitaire 2023-2024, notamment celles relatives à l'accès en première année du master mention " carrières judiciaires et administratives ". Une délibération rectificative a été adoptée le 31 janvier 2023. La requérante soutient que ces délibérations n'ont pas fait l'objet d'une publicité régulière. Il ressort toutefois des mentions portées sur les délibérations du conseil d'administration de l'université du 6 décembre 2022 et sur celle du 31 janvier 2023, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'elles ont été affichées le 15 décembre 2022 et le 16 février 2023 au siège de l'université pour une période de deux mois. Mme B n'apporte aucun élément de nature à remettre cause ces mentions. En outre, il ressort des pièces du dossier que ces délibérations ont été mises en ligne sur le site internet de l'université et étaient accessibles depuis une page intitulée " candidature-unique-en master-a-partir-de-2023 ". L'université démontre, par les documents qu'elle produit, que cette page a été créée le 25 novembre 2022 afin d'y accueillir l'ensemble des délibérations relatives aux différents master de l'université et cette date de création ne saurait suffire à établir, comme le soutient la requérante, que les délibérations en litige y auraient été publiées avant même leur adoption. De même s'il ressort des documents produits par l'université que des modifications ont été apportées à cette page internet jusqu'en juin 2023, ce seul élément ne saurait établir, comme la requérante le soutient, que des modifications auraient été apportées sur les capacités d'accueil et les modalités de sélection après le dépôt des candidatures dans le master " carrières judiciaires et administratives ", alors que cette page internet comprend des documents mis en ligne afférents à l'ensemble des master dispensés au sein de l'université. Si la requérante produit enfin une capture d'écran d'une page internet du site de l'université présentant les conseils et commissions de l'université sur laquelle il est mentionné que l'accès aux décisions du conseil d'administration depuis cette page est réservé aux étudiants élus et personnels de l'université, ce seul élément ne saurait suffire à remettre en cause la publication des délibérations en cause sur une autre page du site internet de l'université, accessible à tous, spécialement dédiée aux candidatures en master. Dans ces conditions, les délibérations en litige ont fait l'objet d'une publicité suffisante pour permettre l'information des étudiants susceptibles de présenter leur candidature à l'admission dans ce master.

5. D'autre part, il ressort des mentions portées sur ces délibérations, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'elles ont été transmises au recteur de l'académie de Versailles le 15 décembre 2022 s'agissant des délibérations du 6 décembre 2022 et le 16 février 2023 pour la délibération rectificative du 31 janvier 2023. Dans ces conditions, l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines doit être regardée comme ayant assuré une publicité suffisante des délibérations du conseil d'administration des 6 décembre 2022 et 31 janvier 2023 qui, par suite, étaient opposables. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'éducation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort de l'annexe à la délibération du 6 décembre 2022 sur les modalités de sélection en master qu'au titre des capacités requises pour le master " carrières judiciaires et administratives " figure celle de " disposer d'une capacité d'appropriation des connaissances et méthodologie en vue des concours ". Il est également précisé que ce parcours est réservé à la préparation aux concours administratifs et judiciaires et il est demandé aux candidats une lettre de motivation " axée sur le souhait de préparer les concours administratifs et judiciaires ". Enfin, dans la liste des métiers de débouché du master ne figure pas la profession d'avocat. S'il est vrai que dans la fiche relative à ce master qui est produite par l'université en défense figure la profession d'avocat au titre des perspectives professionnelles, cette fiche précise toutefois que le master a vocation à préparer les étudiants aux concours de la fonction publique française et que les étudiants peuvent, s'ils le souhaitent passer l'examen d'entrée au centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA) dès la fin de la première année, soit avant le terme de ce master. Or, Mme B, dans sa lettre de motivation, indique clairement qu'elle souhaite uniquement devenir avocate pénaliste et qu'elle entend seulement présenter l'examen d'entrée au CRFPA. Dans ces conditions, en rejetant la candidature de la requérante au motif de la non adéquation entre le projet professionnel et le master demandé, l'université n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, Mme B soutient que les dispositions du 6ème alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'éducation ont été méconnues dès lors que l'université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines ne justifie pas avoir préalablement dialogué avec l'Etat avant de déterminer les capacités d'accueil de ses masters comme l'exigent pourtant ces dispositions. Par ce moyen, Mme B conteste, par la voie de l'exception, la légalité de la délibération du 6 décembre 2022 qui a fixé les capacités d'accueil du master " carrières judiciaires et administratives " au motif qu'elle aurait été adoptée aux termes d'une procédure irrégulière. Toutefois, si, dans le cadre d'une contestation d'un acte règlementaire par voie d'exception, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressée au président de l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

M. D, premier-conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

A. BartnickiLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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