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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307033

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307033

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET MONTMARTRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A, ressortissant haïtien, contestant l'arrêté du préfet de l'Essonne du 17 mars 2023 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé, compte tenu de la menace à l'ordre public que représentait le requérant. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 432-8.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 août et 25 octobre 2023, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne du 17 mars 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination en cas d'éloignement d'office ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer la carte de résident mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation, dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d 'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder à l'effacement de son signalement auprès du SIS ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, en l'absence de saisine des services de police ou du procureur de la République préalablement à la consultation du traitement des antécédents judiciaires et compte tenu de la consultation de ce fichier par une personne non habilitée ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il ait été convoqué par la commission du titre de séjour et que celle-ci ait émis un avis ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne que sa fille fait l'objet d'une mesure de placement ;

- il est entaché d'une inexacte application des articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 432-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la menace à l'ordre public au regard de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur le pays fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 30 octobre 2013, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 8 août 2024, Me Tisserand, avocate de M. A, a informé se désister en tant que conseil et ne plus représenter M. A.

Par un courriel du 13 septembre 2024, M. A a informé le tribunal qu'il souhaitait poursuivre la procédure sans être assisté d'un avocat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lellouch,

- les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur C A, ressortissant haïtien né le 16 janvier 1996, déclare être entré en France le 10 octobre 2004 à l'âge de 8 ans. Après avoir bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés depuis 2014, et en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au cours de l'année 2004 à l'âge de 8 ans. Il justifie être le père D, de nationalité française, née le 19 juillet 2015 à Melun en France. Il ressort des pièces du dossier qu'entre le 21 septembre 2018 et l'été 2022, la fille de M. A a résidé habituellement chez lui, situation qui a pris fin en raison du refus de la mère de remettre l'enfant à M. A. Il en ressort également que par une décision du 16 février 2023, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes a fixé la résidence habituelle de la fille de M. A au domicile de sa mère et a accordé un droit de visite à M. A et que, par un nouveau jugement du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes du 26 septembre 2023, postérieur à la décision attaquée mais rendu au regard d'une situation qui lui était antérieure, M. A s'est vu reconnaître l'exercice commun de l'autorité parentale sur sa fille avec la mère de son enfant, de nationalité française, dont il est séparé et le lieu de résidence de l'enfant a été fixé au domicile de son père à compter du 6 septembre 2024. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, et malgré les condamnations pénales dont M. A a fait l'objet, le refus de renouveler son titre de séjour, qui fait notamment obstacle à la poursuite par l'intéressé de son activité professionnelle lui permettant de subvenir aux besoins de sa fille B, a méconnu l'intérêt supérieur de cette dernière, protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui renouveler son titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ainsi que de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation du refus de renouvellement du titre de séjour de M. A implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, la délivrance à M. A d'un titre de séjour. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. En revanche, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait fait l'objet d'un signalement auprès du fichier SIS, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne de procéder à l'effacement d'un tel signalement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

7. D'une part, M. A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocate de M. A, qui a informé le tribunal de plus représenter l'intéressé dans le cadre de la présente instance, a abandonné dans le mémoire complémentaire sa demande tendant à ce que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 mars 2023 du préfet de l'Essonne portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tisserand et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La présidente rapporteure,

signé

J. Lellouch

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F. Gibelin La greffière,

Signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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