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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307121

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307121

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre - juge unique
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août 2023 et 20 septembre 2023, M. D B, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 août 2023 prise par le sous-préfet des Sables d'Olonne portant suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit comme en fait ;

- le recours à la procédure d'urgence prévue par l'article L. 224-2 du code de la route procède d'un détournement de procédure ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 septembre 2023 et 6 octobre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Ghiandoni, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Ghiandoni a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un contrôle de vitesse le 14 août 2023 à 16h40 aux Sables d'Olonne alors qu'il circulait sur une voie où la vitesse est limitée à 50 km/h. Ayant retenu une vitesse de 92km/h, un agent de police judiciaire a procédé à la rétention immédiate de son permis de conduire. Par un arrêté du 16 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le sous-préfet des Sables d'Olonne a prononcé une suspension de son permis de conduire pour une durée de cinq mois.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée, pour le sous-préfet des Sables d'Olonne, M. A E, par Mme Catherine Audibert, secrétaire administrative de classe exceptionnelle. M. E et, en son absence, Mme C étaient habilités à signer les décisions telles que celle attaquée en application d'un arrêté n° 2023-DCL-BCI-863 du 4 mai 2023 du préfet de la Vendée régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 ou de l'article L. 224-7 du code de la route est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code précité.

4. La décision en litige vise les dispositions du code de la route applicables, notamment les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9 et R. 224-4 et relève que M. B a commis une infraction au code de la route, en circulant, sur le territoire de la commune des Sables d'Olonne à 16h40 le 14 août 2023 à une vitesse retenue de 92 km/h au lieu de 50 km/h, et que cette infraction constatée par procès-verbal justifie, eu égard au danger grave et immédiat que représente le conducteur pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, une suspension provisoire pour une durée de cinq mois de son permis de conduire. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. La circonstance que la décision ne mentionne pas les dispositions prévoyant la répression de l'infraction en cause est sans incidence sur sa légalité. M. B ne saurait davantage utilement se prévaloir de la circulaire du 28 septembre 1987 qui est dépourvue de tout caractère réglementaire. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " Lorsque l'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, comme il est dit au premier alinéa de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état, le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois. () Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur. () ".

6. D'une part, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; ". En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

7. En l'espèce, la décision attaquée a été prise au motif que le requérant a été contrôlé à une vitesse excédant de plus de 40 km/h celle autorisée, limitée à 50 km/h, constitutive d'une infraction au code de la route, et a été édicté quarante-huit heures après le constat de cette infraction, soit avant l'expiration du délai de 72 heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire. Eu égard au caractère de gravité de l'infraction commise par l'intéressé résultant de l'importance du dépassement de vitesse constaté, sur une portion de route où la vitesse autorisée était limitée à 50 km/h, le sous-préfet doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d'urgence pour l'application des dispositions précitées. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route citées ci-dessus, est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ou du principe général des droits de la défense faute pour l'autorité administrative de l'avoir mis à même de présenter ses observations.

8. D'autre part, si M. B soutient que le sous-préfet a commis une erreur dans le choix de la base légale applicable en se fondant à tort sur l'article L. 224-2 du code de la route alors qu'aucune situation d'urgence n'est caractérisée et un détournement de procédure en s'abstenant de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 224-7 du même code dans le but de contourner l'application de la procédure contradictoire préalable, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que son comportement créait pour lui-même et pour les tiers un risque constitutif d'une situation d'urgence. Cette situation permettait à l'autorité administrative de fonder sa décision sur l'article L. 224-2 du code de la route et non sur l'article L. 224-7 de ce même code, sans entacher sa décision d'une erreur de base légale ou d'un détournement de procédure.

9. En quatrième lieu, si M. B émet des doutes sur l'homologation du cinémomètre ainsi que sa vérification annuelle, l'avis de rétention du permis rédigé par un agent de police judiciaire, qui selon l'article 537 du code de procédure pénale fait " foi jusqu'à preuve contraire ", indique toutefois que l'excès de vitesse a été constaté " par un appareil homologué ". En outre, il ne résulte pas des termes de l'article L. 224-2 du code de la route que l'avis de rétention doive mentionner certains éléments obligatoires. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le sous-préfet en se fondant sur la vitesse relevée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 août 2023 par lequel le sous-préfet des Sables d'Olonne a suspendu son permis de conduire pour une durée de cinq mois.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

S. GHIANDONILe greffier,

Signé

A. DELPIERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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