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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307279

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307279

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, M. F A, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de leurs enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 434-2, L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 20 mars 1981, titulaire d'une carte de résident, a présenté le 10 octobre 2019 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leurs enfants. Par une décision du 30 juin 2023, le préfet de l'Essonne a refusé leur admission au séjour au titre de cette procédure. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCAPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 15 de la préfecture de l'Essonne du même jour, M. C G, chef du bureau du séjour des étrangers, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E B, directeur de l'immigration et de l'intégration, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les décrets n° 2006-1378 du 14 novembre 2006 et n° 2006-1561 du 8 décembre 2006 relatifs au regroupement familial et modifiant le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre que le logement ne remplit pas les conditions exigées, et précise notamment que la superficie du logement de 53,60 m² est inférieure à la norme règlementaire de 62 m² pour six personnes et qu'il ne dispose que d'une chambre pour accueillir un couple et quatre enfants. La décision est ainsi suffisamment motivée en fait et en droit contrairement à ce que soutient le requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". L'article L. 434-7 du même code dispose : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Enfin, l'article R. 434-5 du même code prévoit que : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".

5. Il ressort de ces dispositions que, si le préfet apprécie les conditions de logement de l'étranger qui demande à bénéficier du regroupement familial à la date à laquelle les membres de sa famille au bénéfice desquels la demande est introduite entreront en France, ces conditions doivent être connues et appréciées par l'autorité administrative à la date à laquelle elle statue.

6. En l'espèce, il est constant que la superficie de 53,60 m² du logement dont dispose M. A, est inférieure à la superficie d'au moins 62 m² pour une famille de six personnes requise dans la zone où il habite. Par suite, au vu de la composition familiale à la date de la décision contestée, M. A ne remplissait pas la condition de logement posée à l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sont sans incidence à cet égard la circonstance qu'à la date du dépôt de la demande la famille n'était composée que de cinq personnes ainsi que celle, au demeurant non établie, que le bailleur serait prêt à lui attribuer un logement plus grand. Dans ces conditions, le préfet a fait une exacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 27 mars 2015 à une compatriote, Mme D A, avec laquelle il a quatre enfants, tous nés au Sénégal en 2015, 2016, 2019 et 2021. Il est employé en qualité de sondeur. Il fait valoir qu'il ne peut voir son épouse et ses enfants que quelques jours par an depuis 2015. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine du requérant, dont sa femme est également originaire et qu'elle n'a jamais quitté. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens seront écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du préfet de l'Essonne du 30 juin 2023 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sauvageot, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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