vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DELATTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 septembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A B.
Par cette requête enregistrée le 4 septembre 2023 au tribunal administratif d'Orléans et un mémoire complémentaire enregistré le 18 septembre 2023 au tribunal administratif de Versailles, M. B représenté par Me Delattre, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2023 par lequel le préfet d'Indre et Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-Il est arrivé en 2020 sur le sol français durant la crise sanitaire liée au Covid-19 ;
-la décision attaquée présente une motivation à caractère général ne prenant pas en compte les circonstances propres à sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors qu'il est en droit de solliciter la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 compte tenu des liens intenses noués en France par l'intermédiaire de sa sœur et ses enfants ;
-le préfet ne pouvait sans erreur manifeste d'appréciation lui refuser un délai de départ volontaire dès lors qu'il ne constitue aucune menace pour l'ordre public, n'ayant jamais été condamné auparavant et ayant été relâché au lendemain de sa garde à vue, qu'il n'a pas formé de demande de titre de séjour ou de renouvellement et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le risque de fuite n'étant ainsi pas établi ;
-il était menacé en Algérie du fait de problèmes d'argent aggravés par la crise économique du pays et se voyait contraint de vivre caché, en proie à l'oppression du gouvernement sur les mouvements de contestation ; il a noué d'importants liens sur le territoire français où vivent de façon pérenne plusieurs membres de famille et n'a plus d'attaches réelles dans son pays d'origine ; il a travaillé plusieurs mois dans la restauration sur le sol français et a rencontré de nombreuses difficultés pour déposer une demande de titre de séjour en période de crise sanitaire marquée par des mesures de restriction de liberté ; il doit être mis en mesure de rassembler ses affaires avant de quitter les membres de sa famille l'accueillant depuis trois ans
- la décision portant interdiction de retour n'est pas fondée ;
-la décision portant désignation du pays de renvoi est illégale compte tenu du comportement du gouvernement algérien faisant taire les voix discordantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme le Montagner pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :
- le rapport de Mme le Montagner ;
- les observations de Me Delattre, représentant M. B, présent, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que les faits ayant donné lieu à garde à vue ont été classés sans suite, qu'il a noué une relation stable et forme un projet de mariage ;
- le préfet d'Indre-et-Loire n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit
1. M. A B, ressortissant algérien né le 1er février 1997, est entré irrégulièrement en France selon ses dires en 2020 et s'y est maintenu sans avoir sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour. Il a été interpellé le 1er septembre 2023 dans la ville de Tours pour des faits de détention de stupéfiants et d'air pods volés. Par une décision du 2 septembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, prise aux visas des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose de manière détaillée la situation de M. B en faisant mention de ses déclarations lors de sa garde à vue, de son entrée irrégulière sur le sol français en 2020, de l'absence de toute démarche en vue de régulariser sa situation, de son état de célibataire sans enfant à charge ni ressources, de sa domiciliation non justifiée au domicile d'une sœur et de la menace qu'il constitue pour l'ordre public. Ainsi, la décision attaquée ne peut être regardée comme souffrant d'une insuffisante motivation ou d'un caractère stéréotypé et comme traduisant, par suite, un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
5. En l'espèce, il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le sol français en 2020 et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans les prévisions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire.
6. En troisième lieu, si M. B, qui est célibataire et sans enfants, se prévaut d'attaches familiales en France en la personne d'une sœur et de neveux et nièces, il a reconnu lors de son audition posséder de la famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'entré sur le sol français à l'âge de 23 ans, il ne justifie d'aucune insertion significative personnelle ou professionnelle dans la société française durant la période de près de trois années passées sur le territoire, la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien ni celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ()
8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M B, entré irrégulièrement sur le sol français en 2020, s'y est maintenu sans avoir jamais engagé de démarches en vue de la régularisation de sa situation. Par suite, en application des dispositions combinées des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En cinquième lieu, le préfet, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire au requérant, a pu légalement, sur le fondement des dispositions de l'article L.612-6 du même code assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le sol français, M. B ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à une telle mesure. Enfin, compte tenu de la durée de présence de M. B sur le sol français et de son absence totale d'insertion significative, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en arrêtant à une année la durée de cette interdiction.
10. Enfin, si M B, qui n'a pas sollicité le bénéfice d'une protection internationale qui invoque en des termes généraux des menaces encourues dans son pays d'origine en raison de la répression gouvernementale touchant les mouvements populaires, il ne justifie d'aucune crainte personnelle et actuelle susceptible d'entrer dans le champ de stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision désignant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en ce comprises ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L.751-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. le Montagner La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2307290
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026