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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307329

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307329

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 septembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A B.

Par cette requête, enregistrée le 21 juillet 2023 au tribunal administratif de Melun, M. B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L.423-23 ou L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée en ce qu'il n'est pas mentionné que sa concubine bénéficie du statut de réfugié et qu'il contribue à l'entretien de leur enfant commun, qu'il justifie d'une présence en France de onze années et souffre d'un état de santé très dégradé ;

-cette même décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des lors que la cellule familiale se trouve dans l'impossibilité de se reconstituer à l'étranger ;

-la décision portant refus de départ volontaire souffre d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen préalable de sa situation alors qu'il justifie d'une adresse stable en France et de garanties de représentation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de sa présence en France et ne tient pas compte du délai nécessaire au transfert de son dossier médical tandis qu'il est atteint d'une pathologie grave ;

-la décision portant interdiction de retour n'est pas spécifiquement motivée en fait au regard des prescriptions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne procède pas d'un examen sérieux et préalable de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion en ce qu'elle a pour effet de l'empêcher de voir sa famille durant au moins une année en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne ; elle est également disproportionnée au regard des critères énoncés à l'article L.612-10 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :

- le rapport de Mme C ;

-les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 25 mai 1987, est entré en France en 2012 sans être en possession des documents exigés par l'article L 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile et a sollicité le bénéfice d'une protection internationale le 7 octobre 2014. Après le rejet de sa demande par une décision du 2 mars 2016 de la Cour nationale du droit d'asile, il s'est maintenu sur le sol français sans engager de démarches aux fins de régularisation de sa situation. Il a été interpellé le 20 juillet 2023 par les services de la gendarmerie de Palaiseau pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et placé en garde à vue. Par une décision du 20 juillet 2023, dont M B demande l'annulation le préfet de l'Essonne, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, prise aux visas des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose de manière détaillée la situation de M. B en faisant mention de son entrée irrégulière sur le sol français, du rejet par le juge de l'asile de sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié, de l'absence de justification de toute démarche aux fins de la régularisation de sa situation, de son interpellation pour violence par les services de la gendarmerie, de ses déclarations quant à sa vie maritale dont serait né un enfant et du défaut de preuve de l'absence d'attaches dans son pays d'origine. Ainsi, la décision attaquée, en ce qu'elle l'oblige à quitter le territoire sans délai et lui interdit le retour pendant une durée d'un an ne peut être regardée comme souffrant d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation alors même qu'elle ne fait état de ni de sa situation de concubinage ni de son état de santé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

4. En l'espèce, il est constant que M. B, entré irrégulièrement sur le sol français en 2012, s'y est maintenu après le rejet de sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié et n est titulaire d'aucun titre de séjour. Il entre ainsi dans les prévisions du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire.

5. En troisième lieu, si M B se prévaut d'attaches familiales en France en la personne d'une compatriote congolaise titulaire du statut de réfugiée et dont il a eu un enfant, il n'établit pas pourvoir à l'entretien et l'éducation de cet enfant commun et il ressort au contraire des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une interpellation pour violence sur sa compagne. Dans ces conditions, et alors qu'il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion significative dans la société française durant la période de onze années passées sur le territoire, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, si M B expose souffrir de diabète, il ne verse au dossier aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M B, entré irrégulièrement sur le sol français en 2012, s'y est maintenu après l'échec de sa demande d'asile et n'a jamais engagé de démarches en vue de la régularisation de sa situation. De surcroit, il a été interpellé pour un comportement constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, en application des dispositions combinées des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. En sixième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le préfet a pu légalement, en application des dispositions de l'article L. 612-6 du même code, prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B et n'a commis aucune erreur d'appréciation de la situation de l'intéressé en fixant sa durée à une année.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce comprises celles présentées au titre de l'article L.751-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. C La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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