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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307342

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307342

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Haïk, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il n'est pas suffisamment motivé en fait et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel,

- et les observations de Me Rouvet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de Guinée-Bissau né le 14 décembre 2000, est entré en France le 17 avril 2016, selon ses déclarations et a été admis à séjourner sous couvert d'une carte pluriannuelle " étudiant " à partir du 13 juillet 2020. A l'expiration de ce titre de séjour, M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ". Par un arrêté du 3 août 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il était susceptible d'être éloigné.

2. En premier lieu, par arrêté du 18 août 2022 publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines, le préfet de ce département a donné délégation à M. François Gougou, secrétaire général de la sous-préfecture de l'arrondissement de Mantes-la-Jolie et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dernières ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui cite les textes applicables à la situation de M. A, précise qu'il ne remplit pas les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-2 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ses attaches familiales sont principalement dans son pays d'origine, qu'aucune atteinte disproportionnée à sa situation n'est portée. Par suite, l'arrêté attaqué satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite les moyens titrés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ". L'article R. 5221-20 du code du travail prévoit les conditions que doit remplir la demande pour que l'autorisation de travail soit accordée.

5. M. A fait valoir qu'il travaille en qualité de manœuvre sous couvert d'un contrat de travail conclu le 5 décembre 2022 avec la société HP BTP, pour un emploi à temps complet, une attestation de dépôt d'une demande d'autorisation de travail ayant été établie par cette société en faveur du requérant. Toutefois, cette demande d'autorisation de travail a fait l'objet d'un refus en date du 12 janvier 2023 en raison de " l'absence de dépôt d'une offre d'emploi ou offre d'emploi non conforme ". Dès lors le requérant ne peut utilement faire valoir qu'il remplirait les conditions prévues par l'article R. 5221-20 du code du travail pour la délivrance d'une autorisation de travail. Ainsi, M. A, qui ne détient aucune autorisation de travail, ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il suit de là qu'il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le titre de séjour.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfants, qu'il ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches avec son pays d'origine, où résident ses parents et sa sœur, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Si M. A se prévaut de la présence de sa tutrice Mme C, il ne démontre pas que sa présence à ses côtés est indispensable alors qu'il est désormais âgé de 27 ans. Enfin, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait exercer son métier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet en prenant la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. A.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F-X de Miguel

Le président,

Signé

P. OuardesLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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