lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET LANDAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Landais, doit être regardé comme demandant au juge des référés :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision par laquelle le conseil départemental des Yvelines a décidé de mettre fin à sa prise en charge ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental des Yvelines de lui assurer un hébergement et de pourvoir à ses autres besoins fondamentaux sans délai dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines une somme de 2 000 euros à verser à Me Landais sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le 28 août 2023, il a été informé par le responsable de l'hôtel où il est hébergé de la fin de sa prise en charge, sans jamais avoir été destinataire d'un courrier en ce sens par le conseil départemental des Yvelines ;
- la condition d'urgence est remplie ; elle est en principe constatée dans le cas d'un refus de poursuivre la prise en charge d'un jeune majeur jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance ; à ce jour, il ne dispose plus d'aucune solution pérenne d'hébergement et ses revenus ne lui permettent pas de pourvoir durablement à ses besoins ;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et au droit à l'accès à la scolarisation ; le conseil départemental a méconnu les dispositions des articles L. 222-1, L. 222-5 5° et L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles ; il a été pris en charge par le conseil départemental des Yvelines suite au jugement rendu par le juge des enfants près du tribunal judiciaire de Paris du 4 avril 2022 ; dans le cadre de cette prise en charge, il suit une scolarité dans le domaine de la restauration et a entrepris des démarches de régularisation de son séjour et justifie d'un récépissé de carte de séjour valable du 10 janvier 2023 au 9 janvier 2024.
La requête a été communiquée au conseil départemental des Yvelines qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2307347 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 22 septembre 2023 à 10h00.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu :
- Me Ramassamy, substituant Me Landais, pour M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne, s'agissant de l'urgence, que M. B est en situation de grande vulnérabilité en l'absence de solution d'hébergement et, s'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision, que ses ressources ne peuvent être qualifiées de " ressources suffisantes " au sens de l'article L. 222-5 5° du code de l'action sociale et des familles et insiste sur le fait que le département a égaré ses papiers d'identité ; M. B a ajouté que les services du département lui ont fait connaître oralement leur décision de ne pas prolonger sa prise en charge au cours d'un entretien dans leurs locaux le 25 août 2023 ;
- le président du conseil départemental des Yvelines n'étant ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 10 novembre 2004, a été confié aux services départementaux de l'aide sociale à l'enfance des Yvelines, par un jugement du tribunal judiciaire de Paris du 4 avril 2022, pour une prise en charge jusqu'au 10 novembre 2022. Il a ensuite bénéficié d'un contrat de jeune majeur dans le cadre duquel il a été hébergé à l'hôtel Aeronat de Saint-Cyr-l'Ecole et a débuté un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " Production et service en restauration " au lycée professionnel Jean Moulin au Chesnay-Rocquencourt dont il a effectué la 1ère année au cours de l'année scolaire 2022-2023. Il ressort, tant des pièces du dossier que des débats, que M. B a été informé oralement, le 25 août 2023, par les services du département de ce que sa prise en charge prenait fin et qu'il a dû quitter son logement le 28 août suivant. Au regard de ces éléments, et en l'absence de toute défense du département des Yvelines, M. B doit être regardé comme sollicitant la suspension de la décision du département des Yvelines refusant de poursuivre sa prise en charge.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
5. Il résulte de l'instruction que M. B, qui est isolé et sans attache familiale sur le territoire français, a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit, d'une mesure de placement jusqu'à sa majorité auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines par une décision du juge des enfants, puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur. La décision attaquée, qui refuse au requérant la poursuite de cette prise en charge, l'expose à une très grande précarité dès lors qu'il ne dispose plus de logement ni d'aucune solution d'hébergement et le place en grande difficulté alors que débute la 2ème année de son CAP. Au demeurant, l'administration, qui n'a produit aucune défense, n'allègue ni n'établit de circonstances particulières qui feraient obstacle à ce que la condition d'urgence soit constatée. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ".
7. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
8. Il est constant, en l'espèce, que M. B n'avait pas atteint l'âge de vingt-et-un ans à la date de la décision attaquée et qu'il avait fait l'objet d'une mesure de placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance le 10 novembre 2022, puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur. En l'état de l'instruction, eu égard à l'absence de soutien familial et au caractère limité des ressources que le requérant tire de son contrat d'apprentissage, le moyen tiré de ce que le président du conseil du départemental des Yvelines, en refusant de poursuivre la prise en charge de M. B, a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
9. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de poursuivre sa prise en charge.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
11. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au département des Yvelines d'accorder provisoirement au requérant, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et, en particulier, de l'assister dans ses démarches de régularisation de sa situation administrative. Il n'y a pas lieu, toutefois, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 1 000 euros à verser à Me Landais, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental des Yvelines mettant fin à la prise en charge de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Dans l'attente du jugement au fond sur la requête de M. B, il est enjoint au département des Yvelines d'accorder provisoirement à celui-ci, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Landais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département des Yvelines versera à Me Landais, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Landais et au conseil départemental des Yvelines.
Fait à Versailles, le 25 septembre 2023.
La juge des référés,
signé
J. Sauvageot
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026