lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307353 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET LANDAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Landais, doit être regardée comme demandant au juge des référés :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 31 août 2023 par laquelle le conseil départemental des Yvelines a décidé de mettre fin à sa prise en charge ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental des Yvelines de lui assurer un hébergement et de pourvoir à ses autres besoins fondamentaux sans délai dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines une somme de 2 000 euros à verser à Me Landais sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; cette condition est en principe constatée dans le cas d'un refus de poursuivre la prise en charge d'un jeune majeur jusque-là pris confié à l'aide sociale à l'enfance ; elle ne dispose plus d'aucune solution pérenne d'hébergement et ses revenus ne lui permettent pas de pourvoir durablement à ses besoins ;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et au droit à l'accès à la scolarisation ; le conseil départemental a méconnu les dispositions des articles L. 222-1, L. 222-5 5° et L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles ; elle a été prise en charge par le conseil départemental des Yvelines suite au jugement rendu par le juge des enfants près du tribunal judiciaire de Versailles du 4 mai 2022 puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur renouvelé le 20 mars 2023 ; dans le cadre de cette prise en charge, elle suit une scolarité dans le domaine de la restauration et a entrepris des démarches de régularisation de son séjour et justifie d'un récépissé de carte de séjour valable du 31 mai 2023 au 30 novembre 2023.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 21 septembre 2023, ont été produites pour Mme A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le conseil départemental des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; la requérante indique bénéficier de divers hébergements et dispose d'une source de revenus lui permettant de subvenir à ses besoins de première nécessité ;
- la décision de fin de prise en charge est légale ; l'article L. 222-5 5° du code de l'action sociale et des familles n'a pas été méconnu ; la requérante fait preuve de maturité et d'autonomie et dispose de ressources propres grâce à son contrat d'apprentissage ce qui a permis de considérer qu'elle n'avait plus besoin d'une prise en charge dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2307354 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 22 septembre 2023 à 10h00.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu :
- Me Ramassamy, substituant Me Landais, pour Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne que Mme A ne dispose pas d'une solution stable et pérenne d'hébergement et ne bénéficie actuellement que d'un hébergement provisoire par une association ; que ses ressources ne lui permettent pas de subvenir à ses besoins et qu'elle poursuit actuellement sa 2ème année de contrat d'apprentissage ;
- le président du conseil départemental n'étant ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10h26.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 22 novembre 2004, a été confiée aux services départementaux de l'aide sociale à l'enfance des Yvelines jusqu'au 22 novembre 2022 par un jugement du tribunal judiciaire de Versailles du 4 mai 2022. Elle a ensuite bénéficié d'un contrat de jeune majeur jusqu'au 31 août 2023 dans le cadre duquel elle a débuté un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " Production et service en restauration " au sein du CFA de Guyancourt. Mme A doit être regardée comme demandant au juge des référés de suspendre la décision du 31 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de poursuivre sa prise en charge.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui est isolée et sans attache familiale sur le territoire français, a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit, d'une mesure de placement jusqu'à sa majorité auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines par une décision du juge des enfants, jusqu'au 22 novembre 2022, puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur jusqu'au 31 août 2023. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est actuellement hébergée par une association qui indique dans une attestation ne pas pouvoir " pérenniser la prise en charge de son hébergement ". En outre, la requérante ne perçoit que des ressources limitées de son contrat d'apprentissage et la décision contestée la place en grande difficulté alors que débute la 2ème année de son CAP. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière qui s'y opposerait en l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ".
7. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
8. Il est constant, en l'espèce, que Mme A n'avait pas atteint l'âge de vingt et un an à la date de la décision attaquée et qu'elle avait fait l'objet d'une mesure de placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 22 novembre 2022 puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur jusqu'au 31 août 2023. En l'état de l'instruction, eu égard l'absence de soutien familial et au caractère limité des ressources que la requérante tire de son contrat d'apprentissage, le moyen tiré de ce que le président du conseil du départemental des Yvelines, en refusant de poursuivre la prise en charge de Mme A, a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
9. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de poursuivre sa prise en charge.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10 Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
11. Il y a lieu, en l'espèce d'enjoindre au département des Yvelines d'accorder provisoirement à la requérante, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et, en particulier, de l'assister dans ses démarches de régularisation de sa situation administrative. Il n'y a pas lieu, toutefois, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 1 000 euros à verser à Me Landais, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental des Yvelines mettant fin à la prise en charge de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Dans l'attente du jugement au fond sur la requête de Mme A, il est enjoint au département des Yvelines d'accorder provisoirement à celle-ci, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Landais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département des Yvelines versera à Me Landais, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Landais et au conseil départemental des Yvelines.
Fait à Versailles, le 25 septembre 2023.
La juge des référés
signé
J. Sauvageot
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026