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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307363

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307363

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Besse, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article 3 alinéa 3 de l'accord franco-tunisien.

Un mémoire en défense présenté pour le préfet de l'Essonne a été enregistré le 4 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction de cette affaire, non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail fait à Paris le 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corthier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 17 juin 1985 en Tunisie, de nationalité tunisienne, est entrée sur le territoire français en 2009 selon ses déclarations. Le 21 mai 2023, elle a déposé une demande de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Le 20 juin 2023, le préfet lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de deux ans, mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler. Mme A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a présenté, le 21 mai 2023, une demande de délivrance d'une carte de résident. Le 20 juin 2023, le préfet de l'Essonne lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, d'une durée de deux ans et qui n'emporte donc pas des effets équivalents à ceux d'une carte de résident d'une durée de dix ans. La décision du 20 juin 2023 révèle une décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de résident. Par un courrier du 27 juillet 2023, réceptionné le 31 juillet suivant, Mme A a, par l'intermédiaire de son conseil, sollicité auprès du préfet de l'Essonne la communication des motifs de la décision implicite de refus de lui délivrer une carte de résident. Il est constant que le préfet de l'Essonne n'a pas répondu à cette demande. Or, la décision par laquelle le préfet refuse de faire droit à la demande de délivrance d'une carte de résident formulée par un étranger est au nombre des décisions défavorables qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précité. Dès lors, faute d'avoir obtenu la communication des motifs qu'elle sollicitait, la requérante est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet attaquée n'est pas motivée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet de l'Essonne révélée par la décision du 20 juin 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de délivrance d'une carte de résident présentée par Mme A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté la demande présentée par Mme A de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 800 (huit cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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