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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307371

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307371

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de M. F C A au tribunal administratif de Versailles.

Par cette requête enregistrée le 4 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision n'étant pas justifiée ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée le 8 septembre au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Des pièces, enregistrées le 6 décembre 2023 après clôture de l'instruction, ont été présentées pour M. C A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de M. de Miguel.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C A, ressortissant de nationalité portugaise, déclare sans l'établir être entré en France en 2016. Il a été interpellé de nombreuses fois depuis 2010 pour diverses infractions et troubles à l'ordre public. Par un arrêté du 2 septembre 2023, dont M. C A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il était susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté PCI n°2022-097 du 29 novembre 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. E D, adjoint à la cheffe de section " accueil et circuit court " et signataire de la décision attaquée, a reçu délégation, en l'absence de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture des Hauts-de-Seine, à l'effet de signer la décision attaquée. Il n'est ni établi ni même allégué que cette dernière n'était ni absente, ni empêchée à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, vise les textes dont il fait application et notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C A particulièrement les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français tirés du comportement et de la répétition des infractions présentant un risque de récidive. Cet arrêté mentionne également les éléments relatifs à sa vie familiale et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine de sorte que la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et est, dès lors, suffisamment motivé pour toutes les décisions qu'il contient. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, l'article L. 251-1 du même code dispose : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-3 : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. " et de l'article L. 251-4 : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

6. Pour obliger M. C A à quitter le territoire français sans délai et à prononcer à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les huit interpellations dont l'intéressé a fait l'objet depuis 2010, pour des faits de conduite de véhicule sans permis, conduite sous l'emprise de produits stupéfiants de détention non autorisée de produits stupéfiants, de violences conjugales et violences sur dépositaire de l'autorité. Pour contester la décision attaquée, M. C A se borne à soutenir qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite ni condamnation pénale relative aux faits reprochés, sans toutefois contester leur matérialité ni leur réalité. Dès lors, après avoir examiné l'ensemble des circonstances de l'affaire, le préfet était fondé à estimer que la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, compte tenu de la répétition des faits reprochés. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine était fondé à considérer qu'il y avait urgence à éloigner M. C A sans délai et à lui interdire la circulation sur le territoire français pour une durée d'un an en application des dispositions citées au point 5. Les décisions attaquées ne sont pas davantage entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. C A soutient être présent en France depuis 2013, il ne le justifie pas. Il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches avec son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où sa cellule familiale peut se reconstituer. Il ne démontre pas que sa présence auprès de sa sœur en France serait indispensable. Si l'intéressé fait valoir qu'il justifie d'une activité professionnelle depuis 2017, celle-ci n'a été exercée qu'au titre de contrats à durées déterminées et il ne justifie pas de la stabilité ni de la régularité de sa situation dès lors qu'à la date de l'arrêté attaqué il est sans emploi depuis juin 2023. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C A à l'encontre de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 2 septembre 2023, ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F-X de Miguel

Le président,

Signé

P. OuardesLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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