mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SERHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2023, M. A D, représenté par Me Serhane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Corthier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, né le 12 septembre 1983, de nationalité marocaine, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 2 mars 2025. Il a déposé le 20 mars 2019 auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme B C, ressortissante marocaine. Par un arrêté du 12 juillet 2023, le préfet des Yvelines a rejeté cette demande. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant repris à compter du 1er mai 2021 les dispositions anciennement codifiées à l'article L. 411-5 du même code citées par l'arrêté attaqué : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". L'article L. 434-8 du même code dispose que : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". L'article R. 434-4 du même code prévoit que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur et de son conjoint est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. Dans ce dernier cas, la période de référence de douze mois est celle précédant la date de la décision par laquelle le préfet statue sur la demande de regroupement familial.
4. En premier lieu, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. D au profit de son épouse, le préfet des Yvelines s'est fondé sur la circonstance que, sur la période de référence allant de mars 2019 à février 2020, les ressources du demandeur étaient en moyenne inférieures au minimum requis alors qu'il est constant que M. D a déposé une demande le 20 mars 2019, de sorte que la période de référence précédant le dépôt de la demande est au cas d'espèce celle allant de mars 2018 à février 2019. Cependant, M. D ne justifie pas des salaires perçus de mars 2018 à décembre 2018, en se bornant à produire ses bulletins de paie depuis janvier 2019, si bien qu'à supposer que la période de référence déterminée par la décision attaquée soit entachée d'une erreur matérielle, le requérant n'établit pas que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur de fait dans l'appréciation de son niveau de revenu pour la période de référence de douze mois, antérieure au dépôt de sa demande.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que pour la période de mars 2019 à février 2020 mentionnée par la décision attaquée, M. D justifie de bulletins de salaire établis par la société RDEG de mars à août 2019 pour un revenu brut mensuel moyen de 1 671 euros, de deux bulletins de salaire de la société DMS de novembre à décembre 2019 pour un revenu brut mensuel moyen de 2 173 euros et enfin du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 217,14 euros en décembre 2019. Il ne justifie pas de ses revenus pour les mois de septembre 2019, octobre 2019, janvier 2020 et février 2020 si bien que pour la période de mars 2019 à février 2020, son revenu brut moyen mensuel était inférieur au montant du salaire mensuel brut minimum interprofessionnel de croissance, lequel était en 2019 de 1 521,22 euros et en 2020 de 1 539,42 euros. Dès lors, en considérant que les ressources du requérant pour la période de mars 2019 à février 2020 étaient en moyenne inférieures au minimum requis, le préfet des Yvelines n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, le préfet peut, en cas d'évolution favorable des ressources du demandeur, prendre en compte les revenus perçus pendant la période précédant la date de sa décision, soit en l'espèce de mai 2022 à juin 2023. Toutefois, M. D se borne à verser, d'une part, pour les mois de mai et juin 2022, deux bulletins de salaire de la société DMS consulting faisant état d'un revenu mensuel moyen brut de 1 555,77 euros et d'autre part, pour les mois de juillet 2022 à juin 2023, une attestation de la société SAS SRT du 8 juin 2023 selon laquelle il perçoit une rémunération mensuelle brute d'un montant de 1747,24 euros depuis le 1er juillet 2022. Or, une telle attestation non accompagnée des feuilles de paye correspondantes, malgré la demande de régularisation de pièces adressée à ce sujet au requérant, ne revêt pas une valeur suffisamment probante pour considérer que le préfet des Yvelines aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'accorder le regroupement familial demandé compte tenu d'une évolution favorable des ressources de M. D.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. D. En outre, il résulte des termes de la décision du préfet du Val d'Oise du 30 juin 2021 et de celle du préfet des Yvelines du 12 juillet 2023 que les périodes de référence et les montants de ressources du requérant pris en compte par ces deux décisions ne sont pas les mêmes de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions requises tenant aux ressources ou au logement, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme C se sont mariés au Maroc le 4 septembre 2018 alors que M. D résidait déjà sur le territoire français. La décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que la communauté de vie se poursuive, notamment par des séjours réguliers d'une durée suffisante pour permettre l'entretien de liens entre époux, ni à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, où il n'est pas contesté que M. D est légalement admissible. Elle n'a pas non plus pour effet d'obliger M. D à s'installer durablement au Maroc auprès d'elle. Enfin, il est toujours loisible au requérant, s'il s'y croit fondé, de présenter une nouvelle demande de regroupement familial dès qu'il sera en mesure de justifier de ressources au moins égales au salaire minimum interprofessionnel de croissance sur l'ensemble de la période de référence ou, à tout le moins, dans l'année précédant la date à laquelle l'autorité préfectorale sera amenée à statuer sur sa demande. Par suite, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 12 juillet 2023. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. La présente décision, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026