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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307418

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307418

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBAVIBIDILA KOUSSENGOUMOUNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, et des mémoires ampliatifs, enregistrés le 18 septembre 2023, M. D B, représenté par en dernier lieu par Me Bavibidila Kousseng, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit par violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en refusant d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3-1, 7-1 et 9-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que contrairement aux mentions de l'arrêté il élève non pas deux mais trois enfants avec sa concubine ;

- elle est disproportionnée par rapport aux buts poursuivis.

La requête a été communiquée le 11 septembre 2023 au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit d'observations mais a versé des pièces au dossier enregistrées le 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Delage pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023 en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière:

- le rapport de M. Delage,

- les observations de Me Bavibidila Kousseng, pour M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir que le procès-verbal de garde à vue évoque des faits qui ne le concernent pas, notamment ce qui s'est passé pour que la police intervienne, que le préfet a méconnu l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, que le préfet des Yvelines n'a pas pris en compte la demande de titre présentée devant la préfecture de l'Essonne, qu'il peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au vu des pièces produites devant la préfecture de l'Essonne étant régularisable dans le cadre de l'admission exceptionnelle, et que donc est méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sa vie privée et familiale n'ayant pas été prise en compte, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'intérêt supérieur des enfants ;

- les observations de Me El Haik, de la SELARL Centaure Avocats , représentant le préfet des Yvelines qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'un arrêté précédent de refus de titre de séjour fonde l'obligation de quitter le territoire français et le refus de départ volontaire, que le requérant a signé le procès-verbal mentionnant qu'il avait des enfants qui n'étaient pas à sa charge, qu'il est en situation irrégulière après un refus de titre de séjour ce qui vient contrebalancer la vie privée et familiale, qu'on ne sait pas si la demande présentée devant la préfecture de l'Essonne a donné lieu à un refus implicite, que l'interdiction de retour a été prise pour la durée minimale et que la vie avec Mme C résulte du procès-verbal d'audition.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant camerounais, né le 3 février 1987 à Kena, demande l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines, s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé vivait avec Mme C et était père de deux enfants issus d'une autre relation dont il n'assumait pas la charge et qu'il n'apportait pas la preuve de la réalité et de l'intensité de ses liens personnels sur le territoire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant justifie suffisamment résider de façon continue depuis 2019 avec Mme A et leurs deux enfants nés en 2020 et 2021 dont il participe à l'entretien et l'éducation. Il s'ensuit que le préfet des Yvelines, en se fondant sur les motifs précités, a entaché sa décision d'erreur de fait.

3. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement que l'autorité administrative munisse M. B d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de statuer de nouveau sur le cas de celle-ci dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de statuer de nouveau sur le cas de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressé, pour information, au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. DELAGE La greffière,

signé

L. BEN HADJ MESSAOUD

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2307418

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