jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | HAIK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, Mme A C veuve B, représentée par Me Haïk, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", ou de procéder au réexamen de sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il n'est pas suffisamment motivé en fait et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de la situation personnelle de la requérante ;
- en lui refusant le renouvellement de sa carte de résident, le préfet a commis une erreur de droit, le dernier renouvellement ayant eu lieu postérieurement au décès de son mari par l'exercice du pouvoir discrétionnaire ; les conditions de séjour et d'existence n'ayant pas varié, le préfet était tenu de procéder à un nouveau renouvellement ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet s'est abstenu à tort de la régulariser au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que sa situation présente des motifs exceptionnels en terme de séjour, d'intégration professionnelle et de vie familiale ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel,
- et les observations de Me Rouvet, représentant Mme C.
Une note en délibéré, enregistrée le 8 décembre 2023 a été présentée pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante de nationalité algérienne née le 21 février 1990 en Algérie, est entrée en France le 10 décembre 2020 sous couvert d'un visa " famille de français ", valable jusqu'au 13 mai 2021 et renouvelé ensuite jusqu'au 8 mars 2023. Le 30 janvier 2023, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de résident sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco algérien, qui lui a été refusée par un arrêté du préfet des Yvelines du 3 août 2023 qui l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par arrêté du 18 août 2022 publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines, le préfet de ce département a donné délégation à M. François Gougou, secrétaire général de la sous-préfecture de l'arrondissement de Mantes-la-Jolie et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dernières ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui cite les textes applicables à la situation de Mme C, précise qu'elle ne remplit plus les conditions prévues à l'article 6-2 et de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 7-b du même accord pour ce qui est de l'activité salariée, que ses attaches familiales sont principalement dans son pays d'origine, qu'aucune atteinte disproportionnée à sa situation n'est portée. Par suite, l'arrêté attaqué satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme C. Par suite les moyens titrés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien susvisé : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé le 23 janvier 2023 une demande de renouvellement de sa carte de résident algérien sur le fondement des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco algérien en se prévalant de son activité salariée. Toutefois, n'ayant pas produit à l'appui de sa demande le justificatif de contrôle médical exigé ni le contrat de travail dûment visé par les services en charge de l'emploi, Mme C ne remplissait pas les conditions fixées aux stipulations précitées. Par suite, le préfet était fondé à rejeter sa demande de carte de résident présentée en tant que salariée et la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour " salarié " ou " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article. Dès lors, Mme C qui n'a pas présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur celui des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, ne saurait utilement soutenir que le préfet des Yvelines, qui n'était pas tenu d'examiner si elle pouvait être admise exceptionnellement au séjour dans le cadre du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose s'agissant des ressortissants algériens, dont la situation est régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :() 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. D'une part, il est constant que Mme C, qui a été mariée à un ressortissant français le 27 octobre 2019, est veuve depuis le décès de son époux le 23 août 2021. Dès lors, elle ne remplit plus les conditions fixées aux stipulations citées au point précédent pour se voir renouveler la carte de résident algérien. Si le préfet des Yvelines a toutefois accordé le renouvellement de la carte de résident à l'intéressée sur ce même fondement après le décès de l'époux au titre de son pouvoir discrétionnaire, cette circonstance n'est pas de nature à imposer de manière automatique le renouvellement sur le fondement de ces mêmes stipulations pour les demandes ultérieures. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit sur ce point doit être écarté.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme C est veuve depuis le 23 août 2021, sans enfant et son entrée en France en décembre 2020 est récente. Elle ne justifie pas être dépourvue de toutes attaches avec son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Si la requérante se prévaut de la présence en France de sa belle-sœur et d'amis, elle ne démontre pas que sa présence auprès d'eux serait indispensable. De plus, l'activité professionnelle salariée dont elle se prévaut, exercée depuis le décembre 2021 auprès de la société Manpower en missions d'intérim, ne présente pas un caractère de stabilité ni d'ancienneté suffisant. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 9 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de Mme C.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C veuve B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
M. de Miguel, premier conseiller,
M. Lutz, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F-X de Miguel
Le président,
Signé
P. OuardesLa greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026