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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307610

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307610

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantCABINET LANDAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.

Il soutient que :

- il dispose d'attaches personnelles et professionnelles en France ; il justifie ainsi de sa bonne intégration au sein de la société française ;

- son renvoi vers la Turquie constituerait une menace grave pour son intégrité physique ;

- il ne souhaite pas retourner en Autriche, ne connaissant personne dans ce pays.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observations, mais qui a produit le 25 septembre 2023 des pièces complémentaires, notamment un arrêté du 29 août 2023 abrogeant l'arrêté attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. Fraisseix, ;

- les observations de Me Landais, avocat commis d'office, représentant M. A, non présent, en présence de M. C, interprète en langue turque, qui s'en rapporte aux écritures ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 11 avril 1998, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services du préfet des Yvelines. Une attestation de demande d'asile lui a ainsi été remise le 14 juin 2023. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que l'intéressé a sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes le 22 mai 2022. Saisies d'une demande de reprise en charge de M. A, les autorités autrichiennes ont accepté cette requête, le 26 juillet 2023, sur le fondement de l'article 18.1 (b) du règlement (UE) n° 604/2013. Par un arrêté du 28 septembre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A soutient qu'il dispose d'attaches personnelles et professionnelles en France, fait état de son souhait de rester en France, et que son renvoi vers la Turquie constituerait une menace grave pour son intégrité physique. Il doit ainsi être regardé comme soutenant que l'arrêté pris à son encontre par le préfet de l'Essonne méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

4. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du résumé de l'entretien individuel, que M. A reconnaît avoir effectué une demande d'asile en Autriche. Il ressort également des pièces du dossier qu'il se déclare célibataire, sans enfant à charge, et indique qu'il n'a aucun membre de sa famille présent sur le territoire français. A cet effet, la rédaction manuscrite " Cousin en France " sur son attestation de demandeur d'asile n'apparaît guère probante. Enfin, s'il se prévaut dans sa requête de lettres de recommandations d'anciens employeurs, aux fins de démontrer sa bonne intégration au sein de la société française, il n'en produit aucune. Ainsi, et en l'absence d'éléments supplémentaires, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. A fait état de ce que son renvoi en Turquie constituerait une menace grave à son intégrité physique, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, l'objet de l'arrêté de transfert en litige n'est pas de renvoyer le requérant en Turquie, mais de le transférer en Autriche, afin qu'y soit examinée sa demande de protection internationale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, laquelle n'était pas signée, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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