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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307694

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307694

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSOH FOGNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 18 septembre 2023, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête, présentée par M. C A B, enregistrée le 12 septembre 2023 au tribunal administratif de Melun.

Par cette requête, enregistrée le 18 septembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, M. C A B, retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire de territoire dont il a fait l'objet pour une durée de deux ans et emportant de plein droit sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de produire l'ensemble des documents ayant servi de fondement aux décisions attaquées.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est dépourvu de base légale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le principe de l'autorité de chose jugée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Delage pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de M. Delage ;

- les observations de Me Soh Fogno, avocat désigné d'office, représentant M. A B, présent, assisté par M. F, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens mais expose qu'il se désiste de ses conclusions à fin de communication des éléments de la procédure, lesquels ont été produits, et soutient en outre que si le requérant n'a pas encore déposé de demande d'asile, les menaces auxquelles il est exposé en cas de retour dans son pays d'origine sont d'actualité et il ne dispose plus d'aucune famille en Algérie;

- les observations de M. A B qui indique être venu en France pour travailler et y construire son avenir ;

- le préfet de Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant algérien né le 28 septembre 2002, est entré sur le territoire français en 2022. Le 22 mars 2023, il a été condamné à huit mois d'emprisonnement ainsi qu'à une interdiction judiciaire de territoire de deux ans par le tribunal correctionnel de Bobigny pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité et de vol avec violence ayant entrainé une incapacité. Par un arrêté du 5 septembre 2023, le préfet de Seine-Saint-Denis a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire de territoire. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de communication :

2. Lors de l'audience publique, M. A B s'est désisté de ses conclusions à fin de communication des éléments ayant fondé l'arrêté attaqué. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2023-0028 du 10 janvier 2023, régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 11 janvier 2023, Mme D E, cheffe de la mission ordre public du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de la Seine-Saint-Denis à l'effet de signer, notamment, les décisions fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 721-3, L. 721-4 et R. 721-2, la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 3. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, la circonstance qu'il a fait l'objet d'une interdiction judiciaire de territoire et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas d'éloignement. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation de la décision attaquée serait insuffisante ni même que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 722-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 615-1 ne peut intervenir avant que l'étranger ait été mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le 16 février 2023 M. A B a été entendu par les services de police sur ses conditions d'entrée et de séjour en France ainsi que sur sa situation administrative. Il lui a été demandé s'il avait déjà fait l'objet d'une décision d'éloignement et a été questionné sur son souhait de quitter ou non le territoire français. Il s'ensuit qu'il a été mis en mesure de s'exprimer sur sa situation à cette occasion. M. A B n'allègue pas qu'une nouvelle procédure contradictoire aurait dû se tenir, du fait d'éléments pertinents qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient eu une influence sur le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B n'est entré que récemment sur le territoire français en 2022 et s'y est maintenu en situation irrégulière. Par ailleurs, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait en France de liens personnels et familiaux ni d'une insertion professionnelle ou encore sociale. En outre, il a été condamné le 22 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Bobigny à huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité et de vol avec violence ayant entrainé une incapacité. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Algérie. Dans ces conditions, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant l'arrêté contesté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. A B soutient que sa vie est actuellement menacée en cas d'éloignement à destination de l'Algérie, il n'assortit ce moyen d'aucun document de nature à établir qu'il y serait exposé à un risque réel et personnel, ni même d'aucune précision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

10. En sixième lieu, si M. A B soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, qu'il est dépourvu de base légale et qu'il méconnaît l'autorité de chose jugée, il n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 5 septembre 2023 du préfet de Seine-Saint-Denis doit être annulé. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin de communication de la procédure présentées par M. A B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 25 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

Ph. Delage La greffière,

signé

L. A Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2307694

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