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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307708

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307708

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSOH FOGNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, M. F, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard conformément à l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont illégales dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, portant fixation de son pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été entendu ;

- elle méconnaît son droit d'asile ;

- la décision fixant son pays de destination est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Delage pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de M. Delage ;

- les observations de Me Soh Fogno, avocat désigné d'office, représentant M. A, présent, assisté par Mme E, interprète en langue oromo, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'en tant que membre du parti de libération du peuple Oromo, il risque d'être exposé à des persécutions en cas d'éloignement à destination de l'Ethiopie dont il est ressortissant et préfère être reconduit à destination de la Lybie, que s'il a fait l'objet de signalements et d'une condamnation, il a fait de son mieux pendant son incarcération, ses bulletins de paie démontrant ses efforts de réinsertion,

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant somalien né le 20 mai 2000, est entré sur le territoire français en 2021, selon ses déclarations. Le 26 juin 2023, il a été condamné à trois ans d'emprisonnement pour agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste par le tribunal correctionnel de Paris. Le 15 septembre 2023, il a fait l'objet d'un placement en rétention administrative. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

2. Par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne n° 118 du même jour, Mme C G, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation à effet de signer les arrêtés et actes relevant de ses attributions et, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs relatifs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10, la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation des décisions attaquées serait insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si M. A soutient qu'il risque d'être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas d'éloignement à destination de son pays d'origine, il se contredit sur sa nationalité, évoquant lors de son audition du 15 septembre 2023 qu'il est de nationalité éthiopienne, mais précisant dans sa requête qu'il est ressortissant somalien. Sa nationalité somalienne ressort également du diplôme initial de langue française produit par le requérant à l'audience. En outre, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il serait personnellement et de manière suffisamment certaine exposé à un tel risque, en Ethiopie ou en Somalie. Notamment, si comme il l'allègue la Cour nationale du droit d'asile a pu octroyer le bénéfice du statut de réfugié à des ressortissants somaliens originaires de la région de Hiran et reconnaître qu'un certain nombre de régions de l'Ethiopie font face, comme le Hiran, à une situation de violence aveugle d'une intensité exceptionnelle, M. A ne démontre ni même n'allègue qu'il serait originaire de ces régions. Il ne démontre pas plus ainsi qu'il l'allègue lors de l'audience publique qu'il ferait partie du Front de libération du peuple Oromo. Enfin, la seule circonstance, au demeurant non établie, qu'il ait déposé une demande d'asile en France en 2021 n'est pas de nature à démontrer un tel risque. Par suite, le moyen, au demeurant opérant seulement contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 26 juin 2023 à trois ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste, et qu'il avait déjà été signalé aux services de police le 16 septembre 2021 pour des faits de viol. Il ne conteste pas la matérialité de ces faits et la seule circonstance qu'il ait bénéficié à deux reprises d'une réduction de peine de six mois n'est pas de nature à faire obstacle à la qualification de menace pour l'ordre public retenu dès lors à bon droit par le préfet de l'Essonne, lequel n'a pas davantage entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur ce trouble à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

8. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites en défense, que M. A a été entendu le 15 septembre 2023 lors d'une audition au cours de laquelle il a pu s'exprimer sur sa situation et faire état de ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine, préalablement à l'intervention de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure pour méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ".

11. Si M. A soutient que la décision porte atteinte à son droit au maintien sur le territoire français au titre de la procédure d'asile, il ne démontre pas qu'il aurait déposé une demande d'asile qui serait en cours d'examen devant les autorités françaises chargées de l'asile. Par ailleurs, sa précédente demande d'asile, déposée en 2021, a donné lieu à son placement en procédure de transfert sur le fondement du règlement dit " D " du 26 juin 2013, procédure finalement interrompue par son incarcération. Dès lors, il n'établit pas qu'il dispose d'un droit au maintien sur le territoire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant au comportement du requérant troublant l'ordre public doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

14. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a évoqué lors de son audition par les services de police ses craintes d'être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas d'éloignement à destination de l'Ethiopie. Ainsi, si le préfet ne pouvait considérer sans se tromper que M. A " n'allègue " pas être exposé à risque en cas d'éloignement, cette simple erreur est sans incidence sur la légalité de la décision, alors qu'il ressort clairement des mentions de celle-ci que le préfet a examiné la situation de l'intéressé notamment à l'aune de son audition du 15 septembre 2023 dans laquelle il fait état de ses craintes et qu'il aurait ainsi pris la même décision sans la mention critiquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de l'Essonne doit être annulé. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 25 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

Ph. Delage La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2307708

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