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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307826

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307826

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, M. B A, alors retenu au centre de rétention de Palaiseau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a maintenu en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 10 octobre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Le Montagner pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 octobre 2023 en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Montagner ;

- les observations de Me Debord, avocat désigné d'office représentant M. A, assisté de Mme E, interprète en langue oromo, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant somalien né le 20 mai 2000, a été placé en rétention administrative par un arrêté du 15 septembre 2023 du préfet de l'Essonne, prolongé par une ordonnance du 20 septembre 2023 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes, laquelle a été confirmée le 22 septembre 2023 par la cour d'appel de Paris. Le 21 septembre 2023, alors qu'il était retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, M. A a formulé une demande d'asile. Par un arrêté du 21 septembre 2023, le préfet de l'Essonne a ordonné son maintien en rétention administrative au motif que sa demande d'asile n'avait été présentée que pour faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 118 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. C D, adjoint au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment les articles L. 744-6 et L. 754-1 à L. 754-8, mentionne les considérations de droit sur lesquelles il se fonde. En outre, il mentionne les considérations de fait pertinentes relatives à la situation de M. A, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que les critères retenus par le préfet pour estimer que sa demande d'asile, alors qu'il était placé en rétention, l'avait été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement le concernant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et aux termes de l'article L. 751-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger faisant l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge pour prévenir un risque non négligeable de fuite tel que défini à l'article L. 751-10, dans la mesure où le placement en rétention est proportionné et si les dispositions de l'article L. 751-2 ne peuvent être effectivement appliquées. L'étranger faisant l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge ne peut être placé et maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un État requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à la rétention de ce dernier, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet État dans les plus brefs délais ou si un autre État peut être requis. () ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la " fiche de saisine de l'OFPRA en procédure prioritaire ", versée au dossier par le préfet de l'Essonne, qu'une demande d'asile présentée par M. A ferait actuellement l'objet d'une procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de cette demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". Il résulte notamment de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention, que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.

7. Pour estimer que M. A n'avait présenté sa demande d'asile que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 15 septembre 2023, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que l'intéressé n'a présenté une demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative, le 18 septembre 2023, alors qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une telle demande antérieurement à son placement en rétention administrative. Le requérant établit, toutefois, par la production d'une attestation de demande d'asile en procédure Dublin, avoir sollicité l'asile en 2021, à son arrivée en France, au demeurant sous une fausse identité, procédure qui n'a pas abouti selon ses déclarations. L'erreur de fait alléguée par le requérant n'entache toutefois pas d'illégalité la décision attaquée dans la mesure où il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise, dès lors, en premier lieu, que l'intéressé a effectivement présenté une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative, en deuxième lieu, qu'il ressort de ses propos tenus au cours de son audition du 15 septembre 2023, qu'il est entré en France afin de travailler, et en troisième lieu, qu'il n'apporte aucun élément quant au craintes de traitements inhumains et dégradants dont il serait susceptible de faire l'objet en cas de retour dans son pays d'origine. Au surplus, la demande d'asile présentée par M. A le 25 septembre 2023, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 septembre 2023. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 21 septembre 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique, le 12 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. Le Montagner La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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