vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | SELARL GARCIA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 23 et 26 septembre 2023, M. B A, actuellement maintenu au centre de rétention administrative de Plaisir, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de deux ans à son encontre ;
2°) d'enjoindre sans délai au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions querellées :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, en l'absence d'une délégation de signature régulière et publiée ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne garantissant le droit à être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il ne peut pas faire l'objet d'une telle décision dès lors qu'il est arrivé en France en 1991 et a continué à résider en France depuis ; il a notamment bénéficié de plusieurs titres de séjour jusqu'en 2017 ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est en effet père de cinq enfants, ce qui implique que la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants ; par ailleurs, il n'a aucune attache à Haïti, sa mère et ses frères vivant en France ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, étant arrivé en France à l'âge d'un an, ayant suivi toute sa scolarité en France et étant père de cinq enfants français dont il s'occupe ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est en effet père de cinq enfants, ce qui implique que la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants ; par ailleurs, il n'a aucune attache à Haïti, sa mère et ses frères vivant en France ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée, car il ne constitue aucunement une menace à l'ordre public ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, étant notamment hébergé chez sa mère à Sarcelles ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa famille vit en France, qu'il est père de cinq enfants français et scolarisés en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen soulevé dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'avis contentieux du Conseil d'Etat rendu le 8 avril 2021 et portant le n°446427.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Patrick Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Landais, commis d'office, représentant M. A, présent qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que le requérant n'a aucune attache en Haïti ; en outre, l'arrêté de décembre 2020 n'est pas signé et ne lui a pas été notifié ; le préfet n'a pas attendu le recueil de ses observations car la demande de laisser passer consulaire est antérieure 48 heures à son entretien ; la plupart de ses condamnations correspondent à l'époque de sa minorité à Sarcelles ;
- les observations de M. A ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant haïtien né le 9 octobre 1989, allègue être entré sur le territoire français en 1990. Il s'est maintenu depuis en situation irrégulière. Par un arrêté du 23 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de deux ans à son encontre. M. A, qui a été placé en centre de rétention administrative à Plaisir, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ; ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant haïtien né le 9 octobre 1989, allègue être entré en France pour la première fois en 1990 et y résider de façon habituelle. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré effectivement en 1990, soit à l'âge d'un an, et a été inscrit à l'école élémentaire Saint-Exupéry située à Sarcelles entre le 5 septembre 1995 et le 30 juin 2000, soit lorsqu'il avait l'âge de six ans. Il ressort également des pièces du dossier qu'à compter de cette date, M. A a poursuivi sa scolarité en France, notamment en 6e (2001), et en 5e (2002 et 2003). Par ailleurs, à ces mêmes dates, M. A a commencé à commettre diverses infractions ainsi qu'à faire l'objet d'interpellations par les services de police. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et plus particulièrement du fichier " Traitement des antécédents judiciaires " (TAJ) afférent à l'intéressé, que M. A a commis plusieurs infractions dans la commune de Sarcelles au cours des années 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2009, 2011, 2014, 2017, 2020, 2021 et 2022, lesquelles ont entraîné, pour certaines, des condamnations pénales. De même, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'interpellations par les services de police au cours des années 2019, 2020, 2022 et 2023. Si ces infractions et interpellations ont été parfois suivies de périodes d'incarcération, de telles périodes ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part. Outre ce point, d'autres documents (convocations en préfecture, attestation de réalisation d'un bilan de compétences ou de formation civique, acte de naissance) attestent encore de la présence sur le territoire français de M. A entre 2009 et 2013, en dehors des périodes d'incarcération dont il a pu faire l'objet. M. A établit également sa présence en France au cours de l'année 2019, au travers de l'acte de naissance de ses deux filles. Enfin, au moyen d'une facture du mois d'août 2023 concernant un logement situé en France, ainsi que d'une attestation de sa mère en date du 19 septembre 2023 indiquant qu'elle l'héberge, M. A établit sa présence en France à cette date. Au regard de ce qui précède, et en l'absence d'éléments contraires en défense, il apparaît que M. A réside habituellement sur le territoire français depuis l'âge d'un an, sans qu'ait une quelconque incidence sur l'application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le fait que l'intéressé ait été incarcéré à plusieurs reprises. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a entaché l'arrêté en litige d'erreur de droit, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination vers lequel il sera reconduit, et en prononçant à son encontre une interdiction de retour de deux ans.
4. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de deux ans à son encontre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
6. Les motifs du présent impliquent d'une part, que le préfet du Val-d'Oise réexamine dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, la situation de M. A, de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour, et d'autre part, qu'il prenne toutes mesures propres à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen, lequel résulte nécessairement du prononcé à l'encontre de l'intéressé d'une interdiction de retour, quand bien même un tel signalement n'est pas indiqué sur l'arrêté litigieux. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise, a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, et a prononcé une interdiction de retour de deux ans à son encontre est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, d'une part, de réexaminer dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, la situation de M. A, de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour, et d'autre part, qu'il prenne toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen, lequel résulte nécessairement du prononcé à l'encontre de l'intéressé d'une interdiction de retour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Lu en audience publique le 29 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
P. C
La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2307887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026