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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308007

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308007

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308007
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023, M. A Vagneux demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au maire de la commune de Savigny-sur-Orge de justifier de la date de distribution effective du dossier de convocation ;

2°) d'ordonner au maire de la commune de Savigny-sur-Orge de reporter la séance du conseil municipal prévue le 28 septembre 2023 à 20h30 ;

3°) de décider que l'ordonnance sera exécutoire dès que rendue en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que la condition d'urgence est remplie car la séance doit se dérouler le 28 septembre 2023 ;

- que la condition de l'atteinte grave et immédiate à la liberté d'exercice du mandat d'élu local est remplie ; il a demandé à recevoir les convocations par courrier et la réception le 26 septembre 2023 du dossier de convocation à la séance du conseil municipal du 28 septembre 2023, méconnaissait le délai de cinq jours francs prévu à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ; cette communication tardive ne lui permet pas, eu égard au volume de documents, de prendre connaissance dudit dossier et porte atteinte à sa liberté fondamentale d'exercice de son mandat d'élu local ; l'accès à ces documents en commission préparatoire est inopérant.

Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2023, la commune de Savigny-sur-Orge, représentée par Me Aderno, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3000 euros soit mise à la charge de M. Vagneux au titre de l'article L. 761-1du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'il n'y a pas d'urgence à statuer au regard de l'intérêt public à maintenir la séance du conseil municipal, au regard des questions à évoquer ; qu'il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale portée aux droits et libertés fondamentaux de M. Vagneux ; le pli a été pris en charge par les services postaux dans le délai franc de cinq jours et le libre exercice du mandat des élus locaux n'est pas affecté, M. Vagneux pouvant assister à la réunion et a pu prendre connaissance de l'ordre du jour et de la note de synthèse et a assisté à toutes les commissions municipales ; elle invite le tribunal à infliger à M. Vagneux une amende pour recours abusif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des collectivités territoriales ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 septembre 2023 tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. Vagneux, qui précise que le maire avait arrêté l'ordre du jour de la séance le 20 septembre 2023 et pouvait adresser les convocations dès cette date ; que les questions inscrites à l'ordre du jour sont lourdes et qu'il ne peut pas en prendre sérieusement connaissance eu égard au nombre de pages transmises ; que sa participation aux commissions n'est pas suffisante, faute de savoir quelles sont les modifications éventuellement apportées aux projets, faute de communication des procès-verbaux ; le délai de cinq jours prévu par le code général des collectivités territoriales s'applique à la réception et non à l'envoi des convocations en vertu de la jurisprudence du Conseil d'Etat ; les conclusions de la commune tendant à ce qu'une amende pour recours abusif lui soit infligée sont irrecevables ; qu'il ne peut pas accéder aux documents sous format dématérialisé après avoir opté pour un format papier ;

- les observations de Me Cazou, pour la commune de Savigny-sur-Orge, qui précise qu'il n'y a pas d'atteinte au libre exercice du mandat des élus locaux ; que la convocation a été envoyée cinq jours francs avant la séance, conformément à la jurisprudence ; que la question évoquée par M. Vagneux avec le maire le 20 septembre 2023 a été écartée car non pertinente et non car l'ordre du jour était arrêté ; il n'y a pas d'atteinte grave à une liberté fondamentale car il pourra siéger, délibérer et voter ; il aurait pu accéder au dossier de façon dématérialisée s'il avait fait ce choix ; il a connaissance du contexte des questions à l'ordre du jour par sa participation aux commissions ; le conseil municipal doit se réunir avant la fin du mois de septembre pour se prononcer sur des sujets prioritaires ; qu'elle n'est pas en mesure de préciser la date de réception du dossier par M. Vagneux.

La parole a été donnée en dernier lieu à la défense, qui s'en est remis à ses précédents propos.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. Vagneux, conseiller municipal de Savigny-sur-Orge, qui soutient avoir reçu le 26 septembre 2023 la convocation à la séance du conseil municipal programmée le 28 septembre 2023 ainsi que le dossier de séance, demande au juge des référés d'enjoindre au maire de la commune de reporter cette séance en raison de la réception qu'il estime tardive de ces documents.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Savigny-sur-Orge de reporter la séance du conseil municipal du 28 septembre 2023 :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit-heures. ". Le libre exercice de leur mandat par les élus locaux a le caractère d'une liberté fondamentale au sens de ces dispositions.

3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. L'article L. 2121-12 du même code dispose par ailleurs que : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. () ". Il résulte de ces dispositions que les convocations aux réunions du conseil municipal doivent être envoyées aux conseillers municipaux de manière dématérialisée ou, s'ils en font expressément la demande, être adressées par écrit à leur domicile personnel ou à une autre adresse de leur choix, laquelle peut être la mairie, et qu'il doit être procédé à cet envoi dans un délai de cinq jours francs avant la réunion.

4. Si M. Vagneux, soutient que la réception le 26 septembre 2023 de la convocation à la séance du conseil municipal de Savigny-sur-Orge programmée le 28 septembre 2023 à 20h30 ne le met pas en mesure de prendre connaissance du volumineux dossier de séance avant cette dernière et l'empêche d'exercer consciencieusement son mandat de conseiller municipal, il résulte des propres pièces produites par M. Vagneux que cette convocation a été prise en charge par les services postaux au plus tard le 22 septembre 2023 et donc que le délai de convocation prévu à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales a été respecté. Au surplus, M. Vagneux ne soutient pas que la réception de la convocation et du dossier de séance le 26 septembre 2023, qui procède notamment de son choix de recevoir les documents par écrit à son domicile, ne lui permettrait pas d'assister à cette séance, dont il n'ignorait pas l'existence. Il résulte en outre de l'instruction qu'il a participé aux commissions en charge des questions qui sont inscrites à l'ordre du jour de la séance et qu'il est donc en mesure, à supposer même que son emploi du temps ne lui permette pas de prendre précisément connaissance du dossier de séance, d'appréhender le contexte et les implications des questions qui seront soumises à l'examen et au vote du conseil municipal. Le maire de la commune de Savigny-sur-Orge n'a donc pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de M. Vagneux d'exercer son mandat d'élu local en lui envoyant le 22 septembre 2023 une convocation à la séance du conseil municipal du 28 septembre 2023. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions de M. Vagneux tendant à ce que soit reporté le conseil municipal du 28 septembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la commune de Savigny-sur-Orge :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. Vagneux une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Savigny-sur-Orge non compris dans les dépens.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de M. Vagneux est rejetée.

Article 2 : M. A Vagneux versera à la commune de Savigny-sur-Orge une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A Vagneux et à la commune de Savigny-sur-Orge.

Fait à Versailles, le 28 septembre 2023.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny La greffière,

signé

S. PaulinLa République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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