vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2308012 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | NZALOUSSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 25 septembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de Mme B.
Par cette requête, et un mémoire complémentaire enregistré le 5 octobre 2023, Mme B, assignée à résidence à Savigny sur Orge par ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 10 septembre 2023, et représentée par Me Nzaloussou, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de un an, en l'informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence, d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
-la décision est fondée sur les violences commises à l'égard de son compagnon alors que bien au contraire elle a toujours justifié son geste par une légitime défense, le parquet ayant d'ailleurs décidé de poursuivre son concubin ; la décision attaquée méconnait ainsi les dispositions de l'article L.251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L.233-1 du même code en ce qu'elle ne saurait être regardée comme constituant une charge déraisonnable alors qu'elle se trouve actuellement involontairement privée d'emploi ;
-la décision portant interdiction de circulation méconnaît les dispositions de l'article L.251-4 du même code dès lors qu'elle ne constitue aucune menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- la décision attaquée porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale en ce qu'elle est la mère de deux enfants résidant sous son toit en France et y suivant leur scolarité et, pour les mêmes motifs, méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Nzaloussou représentant Mme B, assistée de M. A, interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 20 mai 1985 à Lunda en Angola et de nationalité espagnole, est entrée sur le sol français en 2019. Elle a été entendue en garde à vue le 6 septembre 2023 par les services de police de Juvisy sur Orge à la suite d'une alerte donnée par son fils pour des violences conjugales Par un arrêté du 8 septembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de un an.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en France : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". L'article L. 233-2 de ce code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ". Aux termes de l'article R. 233-7 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L.233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes: / ( ) ; / 2° ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; / ( ). / Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ".
4. En second lieu, l'article L. 251-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
5. Pour obliger Mme B à quitter le territoire sans délai et la frapper d'une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée d'une année, le préfet de l'Essonne a relevé que l'intéressée n'était pas en mesure de justifier de ressources pérennes stables, n'exerçait aucune activité professionnelle, ne disposait d'aucun revenu et n'établissait pas pourvoir à l'entretien de ses deux enfants. Le préfet de L'Essonne s'est également fondé sur son comportement constitutif de trouble à l'ordre public après avoir mentionné que l'intéressée avait été interpellée pour violences aggravées sur conjoint avec usage d'une arme.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'énonce le préfet, la requérante s'est vu reconnaître la qualité de victime par le juge des libertés et de la détention qui, le 8 septembre 2023, a placé son concubin sous contrôle judiciaire, lequel a été prévenu d'avoir volontairement exercé des violences sur la requérante entraînant une incapacité de travail de sept jours. Par suite, en retenant que Mme B présentait un comportement caractérisant un trouble à l'ordre public, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait.
7. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que la requérante a été recrutée le 4 novembre 2019 par la Ville de Morangis en qualité d'adjoint technique territorial à temps complet dans le cadre de contrats à durée déterminée successifs dont le dernier est venu à expiration le 2 novembre 2022. Involontairement privée d'emploi, Mme B est inscrite auprès de pôle emploi sur la liste des demandeurs d'emploi, ainsi qu'il résulte de l'attestation délivrée le 1er octobre 2023 par l'agence pôle emploi de Savigny-sur-Orge. Dans ces conditions, les dispositions précitées du 2° de l'article R.233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit s'asile s'opposaient à ce que le préfet de l'Essonne oblige la requérante, qui avait exercé son activité professionnelle pendant plus d'un an, à quitter le territoire.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an.
9. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de Mme B et lui délivre une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. Il y a lieu, dans des circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros qui sera versée à Me Nzaloussou, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme lui sera versée sur le fondement des dispositions de l'article L.751-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Nzaloussou à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Nzaloussou, avocat, de une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, au préfet de l'Essonne et à Me Nzaloussou.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. C La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026