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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308021

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308021

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023, M C B, représenté par Me Chauvin Hameau Madeira, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision portant refus de sa demande de titre de séjour prise à son encontre le 26 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement avec astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est satisfaite au regard des conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- la condition de doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 octobre 2023 tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Chauvin Hameau Madeira pour M. B, qui précise qu'il a été maintenu pendant trois ans sous récépissé ; qu'il travaille et peut être licencié à tout moment alors qu'il a deux enfants à l'entretien desquels il contribue, étant la seule source de revenus de la famille ; il peut prétendre à un titre de séjour car il s'occupe de ses enfants ; il ne représente pas une menace à l'ordre public et son dossier a reçu un avis favorable de la commission du titre de séjour ; sa condamnation est ancienne et les mentions du fichier du traitement des antécédents judiciaires ne sont pas probantes en l'absence de poursuite et de condamnation ;

- les observations de Me Kerkeni pour le préfet de l'Essonne, qui précise que la condition d'urgence n'est pas remplie faute de preuve d'un risque de perte de son emploi ; il représente une menace pour l'ordre public, ce qui a justifié la décision de refus ; les faits pour lesquels M. B a été condamné sont relativement graves et il a fait l'objet de nombreux signalements ; il n'apporte pas assez d'éléments de sa contribution à l'entretien de ses enfants ;

- les précisions de M. B, qui indique qu'il est entré sur le territoire en 2012 et s'est installé à Roubaix ; qu'il a quitté Juvisy-sur-Orge après la vente de l'appartement qu'il occupait mais qu'il y travaillait avant de s'installer à Roubaix à la même adresse que la mère de ses enfants ; qu'il s'est domicilié chez un cousin à Juvisy-sur-Orge pour l'avancement de sa demande de titre de séjour ; qu'il contribue aux besoins de sa famille et fait des virements pour laisser des traces de ses paiements ; qu'il a été embauché pour 6 mois en qualité de manager d'un établissement de restauration rapide mais devrait bénéficier d'un contrat à durée indéterminée en janvier ; qu'il a bénéficié d'un contrat à durée déterminée préalablement mais que la société a fait faillite.

La parole a été donnée en dernier lieu à la défense, qui s'en est remis à ses précédents propos.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, que l'instruction de l'affaire serait close en dernier lieu le lundi 9 octobre 2023 à 14h00.

Des pièces ont été produites par M. B le 6 octobre 2023 à 15h04.

Un mémoire a été produit pour le préfet de l'Essonne le 6 octobre 2023 à 16h17, qui conclut aux mêmes fins que le précédent ; il fait valoir qu'il n'est pas justifié d'une urgence, le contrat de travail de M. B étant un contrat à durée déterminée valable jusqu'au 21 mai 2024 et rien ne démontre qu'il sera suspendu ou rompu ; l'attestation de Mme A est postérieure à la décision en litige et ne peut pas être prise en compte et elle n'établit ni un concubinage ni une contribution effective à l'entretien et l'éducation de ses enfants.

Un mémoire a été produit pour M. B le 6 octobre 2023 à 12h19, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; il soutient que l'attestation produite le 6 octobre 2023 peut être prise en compte.

L'instruction a été close le lundi 9 octobre 2023 à 14h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 5 décembre 1992, demande au juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il est constant que M. B est le père de deux enfants de nationalité française nés le 9 janvier 2020 et le 23 janvier 2023 de sa relation avec une ressortissante française. Il ressort en outre des pièces produites par M. B qu'il effectue régulièrement des virements de plusieurs centaines d'euros pour l'entretien de ses enfants, libellés à leurs prénoms, et il justifie par les pièces produites s'en occuper et contribuer à leur éducation. Enfin, il résulte de l'instruction que M. B, qui a déposé sa demande de titre de séjour le 1er décembre 2020 et été mis en possession depuis cette date de récépissés l'autorisant à travailler, a été embauché par la société Rubaix District, après un stage financé par l'action de formation préalable au recrutement et validé par Pole emploi, pour exercer les fonctions de manager d'un établissement de restauration rapide. S'il s'agit d'un contrat à durée déterminée du 21 juillet 2023 au 24 mai 2024, M. B fait valoir qu'il a des perspectives sérieuses de recrutement en contrat à durée indéterminée à son terme et que ses salaires constituent la principale source de revenus pour l'entretien de ses enfants. Ainsi, au regard de la situation familiale et professionnelle de M. B, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour opposée à M. B le 26 juillet 2023 doit être regardée comme portant à sa situation une atteinte suffisamment grave et immédiate caractérisant l'urgence exigée par l'article L.521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la condition relative au moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B en qualité de parent d'enfant français au motif que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public. Il est constant que M. B a fait l'objet d'une seule condamnation le 8 juin 2016, à un an et six mois d'emprisonnement, pour des faits commis en 2014 et non réitérés. S'il a fait l'objet de deux signalements dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires en 2014 et 2017, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été poursuivi ou condamné à raison de ces faits, ni pour d'autres d'ailleurs. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de l'Essonne en considérant que la présence de M. B constitue une menace pour l'ordre public est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 juillet 2023 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de la décision du 21 juillet 2023 portant refus de titre de séjour, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de la décision du 21 juillet 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de la décision du 21 juillet 2023 portant refus de titre de séjour, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée C B, au préfet de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 16 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La greffière,

signé

N. Gilbert

La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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